Quelle est la durée de la garantie dommages-ouvrage ?
Mis à jour le 4 août 2026 — Sami Hami, courtier en assurances (ORIAS n° 22001730)
Vous avez souscrit une dommages-ouvrage avant l’ouverture du chantier, payé la prime, reçu l’attestation… puis rangé le dossier. Trois, six ou neuf ans plus tard, un désordre apparaît : la garantie joue-t-elle encore ? Et si vous avez vendu la maison entre-temps, qui peut la mobiliser ? La durée de la dommages-ouvrage est l’un des points les plus mal compris de l’assurance construction, alors qu’il conditionne à la fois votre protection et la valeur de votre bien à la revente.
Quand commence et quand s'arrête la garantie dommages-ouvrage ?
La dommages-ouvrage est calée sur la responsabilité décennale des constructeurs. Elle prend fin à l’expiration d’une période de dix ans à compter de la réception des travaux, exactement comme la responsabilité instituée par les articles 1792 et suivants du Code civil, dont la prescription décennale est fixée par l’article 1792-4-3.
La date de réception est donc l’événement central : c’est l’acte par lequel le maître d’ouvrage déclare accepter l’ouvrage, avec ou sans réserves, au sens de l’article 1792-6 du Code civil. Le procès-verbal de réception est la pièce maîtresse de tout dossier de sinistre ; conservez-le précieusement.
Le point de départ effectif de la garantie est en revanche décalé. L’article L242-1 du Code des assurances précise que l’assurance dommages-ouvrage prend effet après l’expiration du délai de garantie de parfait achèvement, soit un an après la réception. Pendant cette première année, c’est l’entrepreneur qui doit reprendre, au titre de la garantie de parfait achèvement, tous les désordres signalés à la réception ou apparus dans l’année.
| Période | Qui intervient |
|---|---|
| Avant réception | Entreprises, assurance de chantier éventuelle (TRC) |
| De la réception à 1 an | Garantie de parfait achèvement de l’entrepreneur |
| De 1 an à 10 ans | Dommages-ouvrage, puis recours contre les constructeurs et leurs assureurs décennale |
| Au-delà de 10 ans | Plus de garantie décennale ni de dommages-ouvrage |
Une conséquence pratique s’impose : un désordre qui apparaît la neuvième année doit être déclaré sans tarder. La déclaration doit intervenir pendant la période de garantie ; attendre le dixième anniversaire de la réception, c’est risquer de tout perdre.
La dommages-ouvrage peut-elle jouer avant la fin de la première année ?
Oui, dans des situations précises prévues par l’article L242-1 du Code des assurances et repris par les clauses types de l’annexe II à l’article A243-1. Le principe reste que la garantie prend effet après la garantie de parfait achèvement, mais trois hypothèses permettent de la mobiliser plus tôt.
- Avant la réception, après résiliation du marché. Si le contrat de louage d’ouvrage conclu avec l’entrepreneur est résilié pour inexécution de ses obligations, après une mise en demeure restée infructueuse, la garantie peut être mobilisée pour les dommages de nature décennale déjà constatés.
- Après réception, pendant l’année de parfait achèvement. Lorsque l’entrepreneur, mis en demeure, n’a pas exécuté ses obligations de reprise, la dommages-ouvrage peut prendre le relais pour les désordres relevant de la garantie décennale.
- Les désordres réservés à la réception puis non repris entrent dans la même logique : leur traitement suppose de démontrer la carence de l’entreprise et de conserver la preuve de la mise en demeure.
Ces exceptions ont un point commun : elles reposent toutes sur une mise en demeure écrite restée sans effet. En pratique, cela signifie qu’il ne faut jamais se contenter d’échanges téléphoniques ou de messages informels avec l’entreprise. Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception, décrivant les désordres, rappelant l’obligation de reprise et fixant un délai raisonnable d’exécution. Sans cette pièce, l’assureur pourra objecter que les conditions de mobilisation anticipée ne sont pas réunies.
Attention également à ne pas confondre les régimes : les défauts d’aspect, les finitions imparfaites ou les malfaçons sans gravité relèvent de la garantie de parfait achèvement ou de la garantie de bon fonctionnement des éléments d’équipement dissociables (deux ans, article 1792-3 du Code civil), pas de la dommages-ouvrage, qui ne vise que les désordres de nature décennale.
Que devient la garantie en cas de vente du logement ?
C’est l’un des grands atouts de la dommages-ouvrage : elle suit le bien, pas la personne. Les clauses types précisent que sont assurés le souscripteur et les propriétaires successifs de l’ouvrage au bénéfice desquels le contrat est souscrit. Autrement dit, l’acquéreur d’une maison de six ans hérite des quatre années de garantie restantes et peut déclarer un sinistre en son nom propre.
Cette transmissibilité a des effets très concrets lors d’une vente :
- le vendeur doit remettre à l’acquéreur l’attestation de dommages-ouvrage, ainsi que les attestations de décennale des entreprises intervenues ;
- le notaire mentionne l’existence ou l’absence de cette assurance dans l’acte, ce qui influe directement sur la confiance de l’acheteur et parfois sur le prix ;
- l’absence de dommages-ouvrage sur une construction de moins de dix ans est un point de négociation défavorable au vendeur, voire un motif de blocage du financement pour l’acquéreur.
Le même raisonnement vaut pour les recours de fond : l’article 1792-4-3 du Code civil enferme dans un délai de dix ans à compter de la réception les actions en responsabilité dirigées contre les constructeurs et leurs sous-traitants. La date de réception initiale reste donc la référence, quel que soit le nombre de reventes intervenues entre-temps.
Un dernier point mérite attention : les travaux réalisés après la construction d’origine ouvrent leur propre décennale, avec leur propre point de départ. Une extension livrée en 2026 sur une maison réceptionnée en 2020 sera garantie jusqu’en 2036 pour la partie neuve. Batirio, en tant que courtier, vous aide à cartographier ces différentes échéances et à souscrire la dommages-ouvrage adaptée à chaque opération.
Quels documents faut-il conserver pendant les dix ans ?
Un sinistre décennal se joue souvent sur la qualité du dossier documentaire. Dix ans, c’est long : les entreprises changent d’adresse, cessent leur activité, les interlocuteurs partent. Le classeur que vous constituez à la réception est donc votre meilleure assurance pratique, en complément du contrat.
Conservez pendant toute la durée de la garantie :
- le procès-verbal de réception signé, avec la liste des réserves et les levées de réserves ;
- l'attestation de dommages-ouvrage et les conditions particulières du contrat ;
- les attestations de responsabilité décennale de chaque entreprise intervenue, valables à la date d’ouverture du chantier ;
- les devis, marchés, factures et le décompte général définitif ;
- les plans d’exécution, le dossier des ouvrages exécutés (DOE) et les notices techniques des équipements ;
- l'étude de sol et, le cas échéant, les rapports du contrôleur technique ;
- la déclaration d’ouverture de chantier et la déclaration attestant l’achèvement des travaux.
Numérisez l’ensemble et gardez une copie hors du logement : un incendie ou un dégât des eaux qui détruit les originaux complique considérablement une déclaration ultérieure. Nommez les fichiers avec la date et l’entreprise concernée, ce détail fait gagner un temps précieux le jour où l’expert demande une pièce.
Ce classeur sert aussi à la revente. Un acquéreur qui reçoit un dossier complet achète en confiance ; un dossier lacunaire nourrit la suspicion et les demandes de garantie de passif. Batirio ne se substitue ni à l’assureur ni à l’expert, mais nous vous indiquons, dès la souscription, les pièces à réunir et la manière de les organiser pour que votre garantie reste pleinement exploitable pendant la décennie.
Sources : Article 1792 du Code civil (consulté en août 2026) · Article 1792-4-3 du Code civil (consulté en août 2026) · Article 1792-6 du Code civil (consulté en août 2026) · Article L242-1 du Code des assurances (consulté en août 2026) · Annexe II à l’article A243-1 du Code des assurances (consulté en août 2026)