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Attestation décennale et appel d'offres : ce qu'exige vraiment le marché public

Par · Courtier ORIAS n° 22001730 Mis à jour le 26 juillet 2026 11 min de lecture
Sommaire Faut-il fournir l'attestation décennale dès la candidature à un appel d'offres ?
  1. Faut-il fournir l'attestation décennale dès la candidature à un appel d'offres ?
  2. Que disent le Code de la commande publique et le CCAG Travaux 2021 ?
  3. Quelle attestation fournir : validité, activités et montants couverts
  4. Pourquoi l'attestation décennale élimine-t-elle autant de candidats ?
  5. Que faire si votre attestation n'arrive pas à temps ?
  6. Entreprise en création : comment répondre sans historique ?
  7. La liste de contrôle avant de déposer votre offre
  8. Questions fréquentes
  9. Sources & références

L’essentiel

En marché public, tout candidat doit être en mesure de justifier d’une assurance décennale (article L241-1 du Code des assurances), mais l’attestation elle-même n’est souvent vérifiée qu’au stade de l’attribution, au plus tard avant la signature du marché (article R2144-3 du Code de la commande publique). Une fois le marché notifié, l’article 8 du CCAG Travaux 2021 impose de produire l’attestation dans un délai de quinze jours et avant tout début d’exécution. Une attestation expirée, absente ou ne couvrant pas les activités du lot entraîne l’élimination du candidat, l’acheteur sollicitant alors le candidat classé immédiatement après lui (article R2144-7).

Rédigé par · Courtier ORIAS n° 22001730 · Vérifié le 26 juillet 2026

Vous préparez une réponse à un appel d’offres de travaux et le règlement de consultation évoque l’attestation d’assurance décennale ? Vous avez raison de vous y arrêter : chaque année, des offres parfaitement compétitives sont écartées pour une attestation expirée, incomplète ou ne couvrant pas les activités du lot. À quel stade la fournir — candidature ou attribution ? Quels délais impose le CCAG Travaux 2021 une fois le marché notifié ? Que faire si le document n’arrive pas à temps, ou si votre entreprise vient d’être créée ? Ce guide répond point par point, textes officiels à l’appui, pour que l’assurance ne fasse plus jamais échouer une réponse que vous avez mis des semaines à construire.

Faut-il fournir l'attestation décennale dès la candidature à un appel d'offres ?

Non : l’attestation décennale n’a pas à être jointe systématiquement dès le dépôt de candidature, mais l’article L241-1 du Code des assurances impose de pouvoir la produire dès que l’acheteur la demande. Tout tient à la distinction entre deux stades de la procédure : la candidature, où l’acheteur vérifie qui vous êtes et ce dont vous êtes capable, et l'attribution, où il s’apprête à signer avec vous. Le texte pose le principe : tout candidat à l’obtention d’un marché public « doit être en mesure de justifier qu’il a souscrit un contrat d’assurance couvrant cette responsabilité » — être en mesure de justifier signifie pouvoir produire le document dès que l’acheteur le demande, non le joindre d’office au dépôt.

Au stade de la candidature, l’article R2143-3 du Code de la commande publique n’impose que deux éléments : une déclaration sur l’honneur attestant que vous ne relevez d’aucun motif d’exclusion, et les renseignements demandés par l’acheteur pour apprécier vos capacités. C’est là qu’intervient l’article R2142-12 : l’acheteur peut exiger « un niveau approprié d’assurance des risques professionnels » au titre de la capacité économique et financière. S’il use de cette faculté, l’exigence figure dans l’avis de marché ou le règlement de consultation, et l’attestation décennale devient une pièce de candidature à part entière.

En pratique, trois configurations coexistent :

  • l’attestation est exigée dès la candidature : elle doit accompagner vos formulaires DC1 et DC2 (ou votre DUME) ;
  • elle n’est demandée qu’à l’attributaire pressenti : vous déclarez être assuré au dépôt, et seul le candidat retenu produit le justificatif avant la signature ;
  • le règlement de consultation est muet : l’acheteur conserve néanmoins le droit de vous la réclamer à tout moment de la procédure.

La règle d’or : lisez le règlement de consultation ligne à ligne, rubrique « pièces de la candidature ». Dans le doute, joignez l’attestation dès le dépôt : une pièce surabondante n’a jamais éliminé personne, une pièce manquante, si. Pour mesurer l’étendue de la garantie attendue, consultez notre guide complet de l'assurance RC décennale.

Que disent le Code de la commande publique et le CCAG Travaux 2021 ?

Le Code de la commande publique fixe le calendrier de la vérification ; le CCAG Travaux fixe les obligations du titulaire une fois le marché signé. Deux logiques complémentaires qu’il faut bien distinguer pour ne rien laisser au hasard.

Côté procédure, l’article R2144-3 dispose que la vérification de l’aptitude à exercer l’activité professionnelle et des capacités des candidats « peut être effectuée à tout moment de la procédure et au plus tard avant l’attribution du marché ». Autrement dit, même si rien n’était réclamé au dépôt, l’acheteur vous demandera l’attestation avant de signer : c’est son dernier filet de sécurité. Beaucoup d’acheteurs choisissent d’ailleurs de ne solliciter les justificatifs que de l’attributaire pressenti, pour alléger l’analyse des candidatures.

Côté exécution, l’article 8 du CCAG Travaux 2021 (arrêté du 30 mars 2021) impose au titulaire de justifier de ses assurances — responsabilité civile et, pour les ouvrages soumis à l’obligation de l’article L241-1, assurance décennale — dans un délai de quinze jours à compter de la notification du marché et avant tout début d’exécution. Pendant toute la durée du chantier, le titulaire doit en outre pouvoir produire son attestation sous quinze jours à la demande du maître d’ouvrage. Attention : le CCAG ne s’applique que si les documents du marché s’y réfèrent, et le CCAP peut y déroger ; vérifiez toujours la liste des dérogations en fin de CCAP.

ÉtapeCe qui est exigéTexte de référence
CandidatureDéclaration sur l’honneur, attestation si le règlement de consultation l’exigeArticles R2143-3 et R2142-12
Pendant la procédureVérification possible à tout moment, au plus tard avant l’attributionArticle R2144-3
Notification du marchéAttestations sous quinze jours, avant tout début d’exécutionArticle 8 du CCAG Travaux 2021
Exécution du chantierAttestation à produire sous quinze jours sur demandeArticle 8 du CCAG Travaux 2021

Le manquement n’a rien d’anodin : outre les sanctions pénales du défaut d’assurance (article L243-3 du Code des assurances : jusqu’à six mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende), il peut justifier la résiliation du marché aux torts du titulaire.

Quelle attestation fournir : validité, activités et montants couverts

Depuis l’arrêté du 5 janvier 2016, pris en application de l’article L243-2 du Code des assurances, les attestations d’assurance décennale suivent un modèle comportant des mentions minimales : identification de l’entreprise (raison sociale, adresse, numéro SIREN), coordonnées complètes de l’assureur, numéro du contrat, période de validité, date d’établissement, activités garanties et étendue des garanties. Aucune clause ne peut restreindre la portée de ces mentions. Un simple certificat de responsabilité civile professionnelle, sans volet décennal, ne suffit donc jamais pour un lot de travaux soumis à l’obligation d’assurance.

Trois points de contrôle avant de glisser le document dans votre dossier :

  • La période de validité. L’assurance décennale fonctionne par année de souscription : c’est la date d’ouverture de chantier qui doit être couverte, pas la date de signature du marché. Une attestation du millésime précédent, même accompagnée d’une promesse de renouvellement, expose votre offre au rejet. Demandez chaque année votre attestation millésimée dès l’appel de cotisation.
  • Les activités déclarées. L’attestation liste les activités garanties selon la nomenclature de l’assureur. Elles doivent couvrir précisément les travaux du lot : un candidat assuré pour la plâtrerie qui répond à un lot de maçonnerie porteuse sera écarté — ou, pire, découvrira au premier sinistre qu’il n’était pas garanti.
  • Le coût de l’ouvrage. Les attestations mentionnent le montant maximal de travaux ou le coût total de construction au-delà duquel la garantie de base ne joue plus. Si l’opération dépasse ce seuil, sollicitez une attestation spécifique au chantier auprès de votre assureur avant de remettre l’offre.

Certains acheteurs exigent en outre une attestation nominative mentionnant l’opération et l’adresse du chantier. Nous détaillons les rubriques à vérifier une à une dans notre guide des informations obligatoires de l’attestation décennale.

Pourquoi l'attestation décennale élimine-t-elle autant de candidats ?

L’attestation décennale élimine autant de candidats parce que l’article R2144-7 du Code de la commande publique déclare irrecevable la candidature de celui qui ne produit pas les justificatifs dans le délai imparti. Le texte est impitoyable : le candidat qui « ne peut produire dans le délai imparti les documents justificatifs, les moyens de preuve, les compléments ou explications requis par l’acheteur » est éliminé. Et la sanction profite directement à votre concurrent : lorsque la vérification intervient après le classement des offres, c’est le candidat classé immédiatement après vous qui est sollicité pour produire les documents. Autrement dit, un marché gagné sur le mérite peut se perdre sur une pièce administrative.

Dans les faits, les motifs de rejet se répètent d’un appel d’offres à l’autre :

  • attestation expirée : le millésime joint couvre l’année précédente et le renouvellement n’a pas été demandé à temps ;
  • attestation hors périmètre : les activités garanties ne correspondent pas aux travaux du lot visé ;
  • document incomplet : attestation de RC professionnelle seule, copie illisible, page manquante ;
  • attestation au mauvais nom : changement de forme juridique ou de dénomination non répercuté par l’assureur ;
  • silence dans le délai imparti : la demande de l’acheteur est restée dans une boîte de messagerie que personne ne consulte.

Une nuance toutefois : l’article R2144-2 permet à l’acheteur de demander à tous les candidats concernés de compléter un dossier dont des pièces sont absentes ou incomplètes, dans un délai approprié et identique pour tous. Mais c’est une simple faculté, jamais une obligation. Ne bâtissez pas votre stratégie sur l’espoir d’une régularisation : déposez un dossier complet du premier coup, et surveillez quotidiennement la plateforme de dématérialisation ainsi que vos courriels pendant toute la procédure.

Que faire si votre attestation n'arrive pas à temps ?

Si votre attestation décennale n’arrive pas à temps pour la remise des offres, une série de réactions s’impose, à mener dans l’ordre. Le scénario est classique : la remise des offres est vendredi, votre contrat est en cours de renouvellement ou de souscription, et l’attestation n’est toujours pas dans votre boîte. Voici comment réagir :

  • Contactez immédiatement votre assureur ou votre courtier. L’attestation millésimée est un document standard que l’assureur peut éditer rapidement dès lors que le contrat est à jour de cotisation. Précisez qu’il s’agit d’un appel d’offres avec date limite : la plupart des services de gestion savent prioriser ce type de demande.
  • Vérifiez ce que le règlement de consultation exige réellement. Si l’attestation n’est demandée qu’au stade de l’attribution, vous pouvez déposer votre candidature avec la déclaration sur l’honneur et produire le justificatif plus tard : vous gagnez souvent plusieurs semaines.
  • Signalez la difficulté à l’acheteur, par écrit, avant l’expiration du délai. S’il vous a réclamé la pièce, il peut vous accorder un délai de complément (article R2144-2) ; une demande motivée et anticipée sera toujours mieux accueillie qu’un silence.
  • Après l’attribution, utilisez la fenêtre du CCAG. L’article 8 du CCAG Travaux 2021 vous laisse quinze jours à compter de la notification pour justifier de vos assurances : c’est court, mais suffisant si la souscription est déjà engagée.

Si vous n’êtes pas encore assuré, sachez qu’une souscription peut aboutir rapidement dès validation du dossier, selon les conditions du devis : questionnaire d’activités précis, justificatifs d’expérience et règlement de la première cotisation. Batirio, courtier ORIAS n° 22001730, vous accompagne dans ce parcours : obtenez votre devis décennale en ligne et anticipez votre prochaine réponse à appel d’offres.

Entreprise en création : comment répondre sans historique ?

Une entreprise en création peut répondre à un marché public sans historique : l’absence de références ou de bilans ne constitue pas, en soi, un motif d’élimination, les capacités pouvant être prouvées par tout moyen équivalent. Les acheteurs doivent d’ailleurs permettre cette preuve, et les formulaires de candidature prévoient expressément le cas des entreprises récentes. En revanche, sur l’assurance, aucune tolérance : l’obligation décennale de l’article L241-1 du Code des assurances s’applique dès le premier chantier, création récente ou pas.

Concrètement, souscrivez votre assurance décennale dès l’immatriculation, sans attendre le premier appel d’offres. Les assureurs appliquent généralement une majoration « créateur » de l’ordre de 20 à 50 % pendant les premières années, faute d’historique de sinistralité ; elle s’estompe ensuite si votre dossier reste vierge. Pour situer les ordres de grandeur du marché français, une décennale d’artisan seul se négocie d’environ 900 € par an pour un second œuvre léger à 3 500 à 8 000 € par an pour les métiers de gros œuvre et de structure.

Le micro-entrepreneur bénéficie souvent de primes plus basses, son chiffre d’affaires étant plafonné — un paramètre que les assureurs intègrent directement dans leur tarification. Attention néanmoins : le plafond de garantie et les activités déclarées doivent rester cohérents avec les lots visés, et répondre à un marché public sans être assuré vous exposerait aux sanctions pénales et à une élimination certaine. Nos guides dédiés font le tour de la question : la décennale de l’auto-entrepreneur du bâtiment, son prix détaillé et les risques de travailler sans décennale.

Dernier conseil de terrain : joignez à votre candidature une note de présentation de vos moyens humains, de votre matériel et de vos qualifications pour compenser l’absence de références. Un dossier soigné et une attestation irréprochable font souvent la différence face à des concurrents installés mais négligents.

La liste de contrôle avant de déposer votre offre

Avant de cliquer sur « déposer » sur la plateforme de dématérialisation, passez votre dossier au crible de cette liste de contrôle :

  • le règlement de consultation a été relu : vous savez si l’attestation est exigée à la candidature ou à l’attribution ;
  • l’attestation jointe est au millésime en cours et couvrira la date prévisionnelle d’ouverture de chantier ;
  • les activités garanties correspondent précisément aux travaux du lot visé ;
  • le coût de l’ouvrage reste dans les limites mentionnées sur l’attestation ; sinon, une attestation spécifique au chantier a été demandée ;
  • la raison sociale, le numéro SIREN et l’adresse sont exacts et à jour ;
  • le document est un PDF lisible, complet, émis par l’assureur ou son représentant ;
  • en cas de sous-traitance déclarée, le DC4 est accompagné des justificatifs d’assurance du sous-traitant ;
  • une personne de l’entreprise surveille quotidiennement la messagerie de la plateforme jusqu’à l’attribution.

Ce contrôle prend dix minutes et neutralise l’une des causes administratives d’élimination les plus fréquentes en marché public de travaux. Si votre contrat actuel ne couvre pas toutes les activités de vos futurs lots, ou si sa prime vous semble décalée du marché, c’est le bon moment pour comparer plusieurs devis décennale : un changement se prépare à l’échéance, pas la veille d’une remise d’offres. Vous pouvez aussi demander votre devis en ligne : réponse rapide dès validation du dossier, et une attestation conforme au modèle réglementaire de l’arrêté du 5 janvier 2016, prête pour vos prochains appels d’offres.

Questions fréquentes

Oui. L’article R2142-12 du Code de la commande publique l’autorise à exiger « un niveau approprié d’assurance des risques professionnels » au titre de la capacité économique et financière. Cette exigence doit figurer dans l’avis de marché ou le règlement de consultation. Si elle y figure, l’attestation devient une pièce obligatoire de la candidature, au même titre que les formulaires DC1 et DC2.

Pas automatiquement. Ce qui compte, c’est de produire une attestation en cours de validité au moment où l’acheteur la vérifie, et de garantir la couverture à la date d’ouverture du chantier. Demandez sans attendre votre attestation millésimée renouvelée à votre assureur et transmettez-la spontanément à l’acheteur : une couverture continue et documentée écarte tout motif de rejet.

Non, en principe. Le sous-traitant n’est pas lié au maître d’ouvrage par un contrat de louage d’ouvrage : la responsabilité décennale des articles 1792 et suivants du Code civil ne pèse pas sur lui, donc l’obligation d’assurance de l’article L241-1 non plus. En revanche, une assurance de responsabilité civile professionnelle lui est presque toujours demandée, et le titulaire reste seul responsable des travaux sous-traités sur le terrain décennal.

Pas systématiquement. L’attestation annuelle conforme au modèle de l’arrêté du 5 janvier 2016 suffit dans la plupart des cas. Une attestation spécifique au chantier devient nécessaire lorsque le coût de l’opération dépasse le montant maximal mentionné sur votre attestation annuelle, ou lorsque l’acheteur l’exige expressément dans les documents de la consultation. Anticipez la demande : l’assureur a besoin des caractéristiques précises de l’opération.

Beaucoup. L’article 8 du CCAG Travaux 2021 exige la justification des assurances avant tout début d’exécution : le manquement peut conduire à la résiliation du marché aux torts du titulaire. Et si l’entreprise n’est réellement pas assurée, l’article L243-3 du Code des assurances prévoit jusqu’à six mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende, sans compter la prise en charge personnelle des désordres pendant dix ans.

Oui, sans restriction de principe. Les obligations sont identiques : déclaration sur l’honneur, capacités à démontrer et assurance décennale couvrant les activités du lot. Le chiffre d’affaires plafonné du micro-entrepreneur se traduit souvent par une prime décennale plus basse, mais vérifiez que les plafonds de garantie de votre contrat restent cohérents avec la taille des marchés visés.

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