Comprendre la décennale

Attestation d'assurance décennale nominative : toutes les mentions obligatoires à contrôler

Par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 Mis à jour le 5 juillet 2026 8 min de lecture
Sommaire Un contenu normé par l'arrêté du 5 janvier 2016
  1. Un contenu normé par l'arrêté du 5 janvier 2016
  2. Les mentions d'identification : assuré, assureur, contrat
  3. Période de validité et date d'ouverture de chantier (DOC)
  4. La nomenclature des activités garanties : le cœur du contrôle
  5. Garanties, montants, territorialité et techniques courantes
  6. Questions fréquentes
  7. Sources & références

L’essentiel

Une attestation d’assurance décennale doit comporter des mentions imposées par l’arrêté du 5 janvier 2016 (art. A243-1 et annexe I du Code des assurances) : identité et SIREN de l’assuré, coordonnées de l’assureur, numéro de contrat, période de validité et date d’ouverture de chantier (DOC) couverte, nomenclature des activités garanties, nature et montants des garanties, et territorialité. La mention « modèle conforme » atteste du respect du modèle réglementaire.

Rédigé par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 · Vérifié le 5 juillet 2026

Un maître d’ouvrage réceptionne les travaux de son extension. Trois ans plus tard, des fissures traversantes apparaissent sur le mur porteur. Il ressort du dossier l’attestation décennale de l’entreprise, produite avant le chantier : le document existe, l’assureur est réel, le contrat en cours. Pourtant, l’expert refuse la prise en charge. La raison tient en une ligne : l’attestation listait « maçonnerie » sans mentionner la « structure porteuse en béton armé », activité réellement exécutée. Une attestation présentée n’est pas une garantie acquise.

L’attestation d’assurance décennale n’est pas un simple justificatif administratif : c’est la carte d’identité précise d’une couverture, dont chaque mention a une portée juridique. Depuis l’arrêté du 5 janvier 2016, son contenu est normé. Savoir la lire, mention par mention, est la seule protection réelle du maître d’ouvrage — et le meilleur argument commercial de l’artisan bien assuré.

Un contenu normé par l'arrêté du 5 janvier 2016

Jusqu’en 2016, chaque assureur rédigeait ses attestations à sa guise, rendant les comparaisons impossibles. L'arrêté du 5 janvier 2016, pris en application de l’article A243-1 du Code des assurances, a imposé un modèle harmonisé. Toute attestation d’assurance de responsabilité décennale relative à un chantier soumis à l’obligation d’assurance (art. L241-1 du Code des assurances) doit désormais suivre cette trame et porter la mention indiquant qu’elle est conforme au modèle réglementaire.

Ce cadre poursuit deux objectifs : garantir au maître d’ouvrage que les informations essentielles figurent bien au document, et empêcher les formulations floues qui laissaient croire à une couverture plus large que la réalité. Une attestation qui ne reprend pas la structure de l’annexe de l’arrêté doit immédiatement éveiller la vigilance : soit elle est ancienne, soit elle a été bricolée.

Attention : l’attestation ne remplace pas le contrat. Elle en est le résumé opposable à un instant donné. Elle prouve l’existence d’une garantie sans détailler toutes les exclusions ni les franchises. C’est un point d’entrée, pas une lecture exhaustive de la couverture.

Les mentions d'identification : assuré, assureur, contrat

La première brique d’une attestation valide, c’est l'identité exacte de l’assuré. Une attestation décennale est nominative : elle ne couvre que l’entreprise qu’elle désigne. On doit y trouver :

  • la raison sociale complète (ou nom et prénom pour l’entreprise individuelle), strictement identique à celle qui signera le marché et facturera ;
  • le numéro SIREN / SIRET, qui lève toute ambiguïté sur l’entité juridique ;
  • l'adresse du siège de l’entreprise.

Le piège classique : une attestation au nom d’une société sœur, d’une ancienne raison sociale ou du gérant en nom propre, alors que le devis émane d’une SARL distincte. En cas de sinistre, l’assureur oppose que l’entreprise contractante n’est pas l’assurée. La couverture s’effondre sur une simple discordance de nom ou de SIREN.

Côté assureur, l’attestation indique la dénomination et les coordonnées de l’organisme porteur du risque, le numéro de contrat et, lorsque la souscription passe par un intermédiaire, l’identité du courtier avec son numéro ORIAS. Ces éléments permettent au maître d’ouvrage d’appeler directement l’assureur pour vérifier que le contrat est bien en vigueur et à jour de cotisation (l’article L113-8 du Code des assurances sanctionne d’ailleurs la fausse déclaration à la souscription par la nullité).

Période de validité et date d'ouverture de chantier (DOC)

C’est la mention la plus mal comprise — et la plus décisive. La garantie décennale se déclenche non pas selon la date de réalisation ou de facturation des travaux, mais selon la date d’ouverture du chantier (DOC). L’attestation précise donc une période de validité et indique que sont couverts les chantiers dont la DOC intervient pendant cette période.

La logique est la suivante : le contrat qui couvre un ouvrage est celui en vigueur au jour de l’ouverture du chantier. Une fois le chantier ouvert sous un contrat valide, la garantie décennale reste attachée à cet ouvrage pour dix ans à compter de la réception (art. 1792 et 1792-4-1 du Code civil), même si l’entreprise change ensuite d’assureur ou cesse son activité.

Le maître d’ouvrage doit donc impérativement vérifier deux choses :

  • que l’attestation couvre l’année civile de la DOC prévue pour son chantier ;
  • que la période affichée n’est pas expirée et que la mention ne se limite pas à une simple date d’édition.

Une attestation datée d’il y a deux ans, sans mention de la période de chantiers couverts, ne prouve rien pour un chantier ouvrant aujourd’hui. Il faut exiger une attestation à jour, portant l’année de la DOC.

La nomenclature des activités garanties : le cœur du contrôle

C’est ici que se jouent la quasi-totalité des refus de garantie. L’attestation liste, une par une, les activités professionnelles déclarées et garanties. La règle est implacable : seules les activités listées sont couvertes. Une activité réellement exécutée mais absente de la liste ne bénéficie d’aucune garantie décennale, alors même que le reste du chantier est parfaitement assuré.

Le maître d’ouvrage doit donc confronter, ligne à ligne, les activités de l’attestation aux travaux réellement commandés. Quelques exemples de dérives fréquentes :

Travaux commandésActivité déclarée sur l’attestationRésultat
Pose de panneaux photovoltaïques intégrés en toiture« Électricité » seuleNon couvert (activité étanchéité/couverture absente)
Réseau VDI encastré dans la structure« Câblage courant faible » sans mention encastrementLitige sur la nature décennale
Réfection d’étanchéité de toiture-terrasse« Maçonnerie générale »Non couvert

Les activités renvoient à une nomenclature d’activités professionnelles du bâtiment largement standardisée dans la profession. Un intitulé vague (« tous travaux du bâtiment ») n’existe pas dans une attestation sérieuse : plus l’activité est précise, plus la vérification est fiable. En cas de doute, le maître d’ouvrage a tout intérêt à faire préciser par écrit à l’entreprise que l’activité exacte de son chantier figure bien dans la liste.

Garanties, montants, territorialité et techniques courantes

Au-delà des activités, plusieurs mentions techniques complètent l’attestation et méritent lecture attentive.

Nature et montants des garanties

L’attestation rappelle la nature de la garantie (responsabilité décennale au titre des art. 1792 et suivants du Code civil, souvent assortie de la responsabilité civile professionnelle) et les montants de garantie. Pour les ouvrages dits « non soumis à obligation » ou pour la RC, des plafonds s’appliquent ; pour la décennale des ouvrages soumis à obligation d’assurance en habitation, la couverture correspond au coût de réparation des dommages. Le maître d’ouvrage vérifie que les plafonds sont cohérents avec l’ampleur de son chantier.

Territorialité

La mention de territorialité précise la zone géographique couverte (France métropolitaine, DROM, etc.). Un chantier en outre-mer avec une attestation limitée à la métropole n’est pas garanti. À vérifier systématiquement hors métropole.

Techniques courantes et non courantes

C’est un point sensible. Les contrats couvrent en principe les techniques courantes, c’est-à-dire les procédés relevant de normes DTU, de normes NF ou d’Avis Techniques en cours de validité. Les techniques non courantes (procédés innovants, hors DTU, sans Avis Technique) sont fréquemment exclues ou soumises à déclaration spécifique. Une attestation peut mentionner cette limite. Pour un ouvrage recourant à un procédé récent, il faut s’assurer que la technique non courante est expressément prise en charge.

Enfin, la présence de la mention « modèle conforme » (renvoi à l’arrêté du 5 janvier 2016) confirme que le document respecte la trame réglementaire. Son absence n’annule pas la garantie mais justifie une vérification renforcée auprès de l’assureur.

Questions fréquentes

Non. L’attestation prouve l’existence d’un contrat, mais ne couvre que les activités qui y sont expressément listées et les chantiers dont la date d’ouverture (DOC) tombe dans la période de validité affichée. Une activité réalisée mais non déclarée n’est pas garantie, même si l’attestation est authentique et le contrat en cours. Il faut donc confronter chaque activité listée aux travaux réellement exécutés.

La DOC détermine quel contrat couvre l’ouvrage. La garantie applicable est celle en vigueur au jour de l’ouverture du chantier. L’attestation précise donc les chantiers dont la DOC intervient pendant sa période de validité. Une fois le chantier ouvert sous contrat valide, la décennale reste acquise dix ans à compter de la réception (art. 1792 et 1792-4-1 du Code civil), même si l’entreprise change d’assureur ensuite.

Selon l’arrêté du 5 janvier 2016 (art. A243-1 du Code des assurances) : identité et SIREN de l’assuré, coordonnées de l’assureur, numéro de contrat, période de validité et DOC couverte, nomenclature des activités garanties, nature et montants des garanties, territorialité, ainsi que la mention de conformité au modèle réglementaire. L’absence de la nomenclature d’activités précise est le défaut le plus grave à repérer.

Parce que l’attestation décennale est nominative : elle ne couvre que l’entité juridique qu’elle désigne. Si le devis émane d’une SARL et que l’attestation est au nom du gérant ou d’une société sœur, l’assureur peut opposer que l’entreprise contractante n’est pas l’assurée. La raison sociale et le SIREN doivent correspondre exactement à ceux qui signent le marché et facturent.

Contrôlez d’abord la cohérence interne (SIREN, activités, période, mention de conformité). Puis contactez directement l’assureur ou le courtier mentionné, à partir de coordonnées trouvées de façon indépendante, pour confirmer que le contrat existe, est à jour de cotisation et couvre bien l’activité et la période de votre chantier. L’article L113-8 du Code des assurances sanctionne les fausses déclarations par la nullité du contrat.

En cas de sinistre décennal sur cette activité, l’assureur refuse la prise en charge : l’activité non déclarée n’est pas garantie. Le maître d’ouvrage se retrouve à devoir agir contre l’entreprise elle-même, souvent insolvable ou disparue. C’est pourquoi il faut, avant le démarrage, exiger une attestation dont la nomenclature inclut précisément l’activité commandée, quitte à la faire compléter par l’assureur.

Article 1792 du Code civil (consulté le 2026-07-05) — Article L241-1 du Code des assurances (consulté le 2026-07-05) — Article A243-1 du Code des assurances (consulté le 2026-07-05) — Article L113-8 du Code des assurances (consulté le 2026-07-05) — service-public.fr — Assurance décennale (consulté le 2026-07-05)

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