Vie de l’entreprise BTP

Souscrire une assurance décennale : la liste complète des pièces à fournir (et à quoi sert chacune)

Par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 Mis à jour le 5 juillet 2026 7 min de lecture
Sommaire Pourquoi l'assureur exige-t-il autant de pièces ?
  1. Pourquoi l'assureur exige-t-il autant de pièces ?
  2. Identité de l'entreprise et du dirigeant
  3. Le cœur du dossier : expérience, diplôme et qualification
  4. Certifications, CV et pièces techniques complémentaires
  5. Volume d'activité et antécédents de sinistralité
  6. Questions fréquentes
  7. Sources & références

L’essentiel

Pour souscrire une assurance décennale (obligatoire selon l’article L241-1 du Code des assurances), l’assureur exige un dossier complet : Kbis ou avis SIRENE, pièce d’identité du dirigeant, justificatifs de qualification (diplôme CAP/BP/BTS, titre, VAE ou attestation de l’ancien employeur), certifications (Qualibat, RGE), CV, descriptif précis des activités à garantir, chiffre d’affaires prévisionnel ou réalisé et relevé d’information sinistralité.

Rédigé par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 · Vérifié le 5 juillet 2026

Un maçon monte son entreprise, remplit un questionnaire en ligne, obtient une attestation en dix minutes… puis se voit refuser la prise en charge d’un affaissement de dallage trois ans plus tard, l’assureur invoquant une « fausse déclaration » sur son expérience réelle. Ce scénario, hélas courant, illustre une vérité que beaucoup d’artisans découvrent trop tard : la qualité de votre couverture décennale se joue entièrement au moment de la souscription, dans les pièces que vous fournissez. Un dossier bâclé produit un contrat fragile.

L’assurance de responsabilité civile décennale n’est pas un produit standard : c’est un contrat sur mesure, calibré sur VOS compétences, VOS activités et VOTRE historique. L’assureur ne peut évaluer le risque qu’il porte pendant dix ans (article 1792 du Code civil) qu’à travers les justificatifs que vous transmettez. Voici la liste complète de ces pièces, et surtout le rôle précis de chacune dans l’acceptation et la tarification de votre contrat.

Pourquoi l'assureur exige-t-il autant de pièces ?

La décennale couvre, pendant dix ans après réception, les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination (article 1792 du Code civil), y compris ceux affectant les éléments d’équipement indissociables (article 1792-2). Souscrire ce contrat, c’est demander à un assureur de porter un risque long et coûteux : un désordre structurel peut représenter des dizaines de milliers d’euros de réparation.

Pour accepter ce risque, l’assureur doit répondre à trois questions : Qui êtes-vous (existence légale de l’entreprise, identité du dirigeant) ? Savez-vous faire ce que vous déclarez (expérience et qualification technique) ? Quel volume et quelle nature de travaux allez-vous réaliser (activités, chiffre d’affaires, antécédents) ? Chaque pièce demandée répond à l’une de ces questions. C’est aussi la contrepartie de votre obligation de déclaration exacte du risque : une omission ou une inexactitude peut entraîner la nullité du contrat ou une réduction d’indemnité (article L113-8 du Code des assurances). Fournir un dossier complet et sincère n’est donc pas une formalité administrative : c’est ce qui rend votre garantie réellement opposable le jour du sinistre.

Identité de l'entreprise et du dirigeant

Premier bloc du dossier : prouver que l’entreprise existe et identifier la personne qui l’engage.

  • Extrait Kbis (entreprise inscrite au RCS) ou avis de situation SIRENE / extrait D1 (artisan inscrit au Répertoire des métiers) : il atteste l’immatriculation, la date de création, le gérant et surtout le code APE et l’objet social. L’assureur vérifie la cohérence entre l’activité déclarée juridiquement et les travaux à garantir.
  • Pour une entreprise en cours de création : le récépissé de dépôt de dossier de création ou l’attestation de dépôt au guichet unique, qui permet de souscrire avant l’obtention du Kbis définitif.
  • Pièce d’identité du dirigeant (carte nationale d’identité ou passeport) en cours de validité : elle sécurise l’identité du souscripteur et prévient la fraude.
  • Un RIB pour le prélèvement des cotisations.

Ces documents ancrent le contrat sur une entité et une personne clairement identifiées. Une incohérence (objet social « peinture » alors que vous demandez une garantie « couverture ») bloque immédiatement l’instruction du dossier.

Le cœur du dossier : expérience, diplôme et qualification

C’est la partie décisive, celle qui distingue un contrat solide d’une attestation de complaisance. L’assureur veut la preuve que vous maîtrisez techniquement chaque activité déclarée. Trois voies existent, souvent combinées.

Les diplômes et titres

Le diplôme reste la preuve reine de compétence : CAP, BP, Bac Pro, BTS ou titre professionnel dans le corps de métier concerné (maçonnerie, couverture, électricité, plomberie…). Une copie lisible est demandée. Un diplôme directement lié à l’activité garantie facilite l’acceptation et améliore souvent la tarification.

L’attestation de l’ancien employeur et les certificats de travail

En l’absence de diplôme, l'expérience professionnelle prend le relais. La pièce clé est l'attestation de l’ancien employeur : rédigée par le ou les précédents employeurs, elle précise les périodes travaillées, le poste occupé et surtout la nature exacte des travaux réalisés. Elle est complétée par les certificats de travail et les bulletins de salaire qui matérialisent l’ancienneté. La plupart des assureurs exigent une expérience significative (souvent trois ans et plus) dans l’activité déclarée. Une attestation employeur détaillée et datée, mentionnant les tâches techniques réellement effectuées, vaut autant qu’un diplôme aux yeux du souscripteur.

La VAE

La Validation des Acquis de l’Expérience permet de faire reconnaître officiellement des compétences acquises sur le terrain sous forme de diplôme. Le titre obtenu par VAE est traité comme un diplôme classique dans l’analyse du risque.

Sans aucune de ces preuves, l’assureur considère l’activité comme non maîtrisée : soit il l’exclut du contrat, soit il refuse le dossier, soit il applique une surprime importante. C’est le point de vigilance numéro un.

Certifications, CV et pièces techniques complémentaires

Au-delà de la compétence de base, certaines pièces valorisent votre dossier ou deviennent indispensables selon vos activités.

  • Certifications professionnelles : Qualibat, RGE (Reconnu Garant de l’Environnement), QualiPV pour le photovoltaïque, Qualifelec pour l’électricité, PGN/PGP pour le gaz… Elles ne sont pas toujours obligatoires pour la décennale, mais elles rassurent l’assureur sur le respect des règles de l’art et des DTU applicables. Certaines activités « à risque aggravé » (étanchéité, gaz, structures) peuvent être conditionnées à une certification.
  • CV professionnel du dirigeant : il retrace le parcours, synthétise diplômes, expériences et réalisations. C’est le document qui donne à l’assureur une vision d’ensemble de votre profil technique.
  • Descriptif détaillé des activités souhaitées : vous listez précisément les travaux à garantir (ex. « pose de couverture en tuiles », « raccordement de réseaux encastrés »). C’est sur cette liste, mot pour mot, que se calquent les garanties du contrat. Une activité non déclarée n’est jamais couverte.
  • Selon les cas : attestation d’assurance décennale précédente, procès-verbaux de réception de chantiers, photos de réalisations.

Volume d'activité et antécédents de sinistralité

Le dernier bloc mesure l’ampleur et l’historique du risque, deux paramètres qui pèsent directement sur la cotisation.

  • Chiffre d’affaires réalisé (via les bilans ou liasses fiscales) pour une entreprise existante, ou chiffre d’affaires prévisionnel pour une création : il sert d’assiette de calcul de la prime. La cotisation décennale est très majoritairement proportionnelle au CA. Sous-déclarer son CA pour payer moins expose à une régularisation, voire à une réduction d’indemnité (article L113-8).
  • Relevé d’information et antécédents de sinistralité : c’est l’équivalent du « relevé de situation » en assurance auto. Fourni par votre précédent assureur, il récapitule les contrats passés et les sinistres déclarés sur les dernières années (souvent cinq ans). Un historique vierge favorise une meilleure offre ; une sinistralité lourde ou une résiliation antérieure pour non-paiement ou pour sinistres orientent la tarification, voire l’acceptation.

Voici une synthèse du rôle de chaque catégorie de pièces dans l’analyse de l’assureur.

PièceCe qu’elle prouveImpact sur le contrat
Kbis / avis SIRENEExistence légale, objet socialCondition d’ouverture du dossier
Pièce d’identité dirigeantIdentité du souscripteurSécurité anti-fraude
Diplôme / VAECompétence techniqueAcceptation + tarif
Attestation ancien employeurExpérience réelle par activitéAcceptation (à défaut de diplôme)
Certifications (Qualibat, RGE…)Respect des règles de l’artValorisation, parfois exigée
Descriptif des activitésPérimètre exact des travauxDéfinit les garanties
Chiffre d’affairesVolume d’activitéAssiette de la prime
Relevé de sinistralitéHistorique du risqueTarif et acceptation

Questions fréquentes

Oui. À défaut de diplôme (CAP, BP, BTS), l’assureur accepte la preuve de l’expérience professionnelle via une attestation de l’ancien employeur détaillant les travaux réalisés, des certificats de travail et des bulletins de salaire. La VAE, qui transforme l’expérience en diplôme officiel, est également reconnue. La plupart des assureurs exigent alors une ancienneté significative, souvent trois ans ou plus, dans l’activité précise que vous souhaitez garantir.

Elle doit mentionner l’identité de l’employeur, les périodes d’emploi, le poste occupé et, surtout, la nature exacte des travaux techniques que vous avez réalisés. Plus elle est précise sur les activités (couverture, maçonnerie, plomberie…), plus elle permet à l’assureur de garantir ces mêmes activités. Une attestation vague se limitant à « a travaillé dans le bâtiment » a peu de valeur probante pour l’analyse du risque décennal.

Non, vous pouvez souscrire avant d’avoir votre Kbis définitif. L’assureur accepte alors le récépissé de dépôt de dossier de création d’entreprise ou l’attestation de dépôt au guichet unique. La garantie prend effet à la date de démarrage de l’activité. Vous transmettez le Kbis ou l’avis SIRENE dès sa réception. Souscrire avant tout chantier est d’ailleurs impératif : la décennale est obligatoire dès l’ouverture de chantier (article L241-1 du Code des assurances).

Parce que la cotisation décennale est calculée principalement sur le chiffre d’affaires. Il constitue l’assiette de la prime : plus le volume de travaux est élevé, plus le risque porté par l’assureur est important. Pour une création, vous déclarez un CA prévisionnel ; pour une entreprise existante, vous fournissez vos bilans. Sous-déclarer expose à une régularisation en fin d’année et, en cas de sinistre, à une réduction d’indemnité proportionnelle (article L113-8).

Ce document, fourni par votre précédent assureur, récapitule vos contrats et les sinistres déclarés sur les dernières années, généralement cinq. Il permet au nouvel assureur d’apprécier votre historique de risque. Un relevé vierge de sinistre favorise une meilleure offre tarifaire. À l’inverse, une sinistralité lourde ou une résiliation antérieure influence la tarification, voire la décision d’accepter ou non le dossier.

Pas systématiquement pour la décennale elle-même. Ces certifications valorisent votre dossier en attestant du respect des règles de l’art et des DTU, mais elles ne sont pas légalement exigées pour toutes les activités. Certaines activités à risque aggravé (étanchéité, gaz, structures) ou certains assureurs peuvent toutefois les conditionner. Le label RGE reste par ailleurs indispensable pour que vos clients bénéficient des aides publiques à la rénovation énergétique.

Article 1792 du Code civil (consulté le 2026-07-05) — Article 1792-2 du Code civil (consulté le 2026-07-05) — Article L241-1 du Code des assurances (consulté le 2026-07-05) — Article L113-8 du Code des assurances (consulté le 2026-07-05) — Assurance décennale — service-public.fr (consulté le 2026-07-05)

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