RC Décennale · question fréquente

Suis-je couvert si je fais appel à un sous-traitant ?

Réponse courte
Devant le maître d’ouvrage, l’entreprise principale répond des travaux exécutés par son sous-traitant au titre de sa propre garantie décennale. Le sous-traitant, lui, engage sa responsabilité contractuelle envers vous pendant dix ans après la réception (article 1792-4-3 du Code civil). Exigez son attestation d’assurance avant le chantier.

Mis à jour le 4 août 2026 — , courtier en assurances (ORIAS n° 22001730)

Confier un lot à un confrère est une pratique quotidienne dans le bâtiment : un carreleur pour finir une salle de bains, un couvreur pour la zinguerie, un plaquiste en renfort sur un délai serré. Le problème n’est pas la sous-traitance en elle-même, mais l’illusion qu’elle transfère le risque. Devant le maître d’ouvrage, c’est vous qui restez en première ligne. Cette page détaille qui répond de quoi, ce qu’il faut exiger avant le chantier et comment sécuriser vos recours pour les dix années qui suivent la réception.

Qui est responsable devant le maître d'ouvrage en cas de sous-traitance ?

La loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 définit la sous-traitance comme l’opération par laquelle un entrepreneur confie, sous sa responsabilité, à une autre personne l’exécution de tout ou partie du contrat conclu avec le maître de l’ouvrage. Les trois derniers mots sont essentiels : la sous-traitance ne déplace pas la responsabilité vers l’aval, elle la laisse chez l’entreprise principale.

Sur le plan de la garantie décennale, la logique est la suivante :

  • l'entreprise principale est le constructeur lié au maître d’ouvrage par un contrat de louage d’ouvrage ; c’est elle qui supporte la présomption de responsabilité de l’article 1792 du Code civil pour l’ensemble du lot confié, y compris la part exécutée par autrui ;
  • le sous-traitant n’a pas de lien contractuel direct avec le maître d’ouvrage ; il répond envers l’entreprise principale de la bonne exécution de ses travaux, et l’article 1792-4-3 du Code civil enferme les actions en responsabilité dirigées contre les constructeurs et leurs sous-traitants dans un délai de dix ans à compter de la réception ;
  • en pratique, l’assureur de l’entreprise principale indemnise puis exerce un recours contre le sous-traitant et son assureur. Si le sous-traitant n’est pas assuré ou a disparu, le recours reste théorique et la charge du sinistre pèse sur votre contrat, avec les conséquences que cela emporte sur votre tarif et votre assurabilité.

C’est en ce sens que la sous-traitance est une zone à surveiller de près : chacun doit être assuré pour ce qu’il réalise, et le donneur d’ordre reste celui à qui l’on demandera des comptes. Confier un lot sans vérifier la couverture de celui qui l’exécute, c’est accepter de porter seul un risque de dix ans.

Votre sous-traitant doit-il avoir sa propre décennale ?

Oui, et cette exigence doit être non négociable dans vos contrats. Le sous-traitant doit disposer d’une couverture correspondant aux travaux qu’il exécute, souvent désignée dans les contrats comme la garantie de responsabilité du sous-traitant du bâtiment. Sans elle, votre recours après sinistre est vide de sens.

Les enjeux, très concrets :

  • Votre propre assureur peut restreindre sa garantie si vous dépassez la part de chiffre d’affaires sous-traitée admise par le contrat, ou si vous n’avez pas collecté les attestations. Vérifiez cette clause dans vos conditions particulières : elle est fréquente et rarement lue.
  • Un sinistre non récupérable dégrade votre sinistralité et se répercute sur vos primes futures, voire sur votre capacité à trouver un assureur.
  • La qualification des activités doit correspondre. Un sous-traitant assuré en « plâtrerie-cloisons » qui réalise une isolation par l’extérieur n’est pas couvert pour ce lot, quelle que soit la validité apparente de son attestation.
  • La date compte plus que vous ne le pensez. C’est la validité à la date d'ouverture du chantier qui est déterminante, pas la date de la facture ni celle de la réception.

Le sous-traitant, de son côté, a tout intérêt à être assuré : sa responsabilité peut être recherchée pendant dix ans après la réception, et une entreprise non assurée qui doit financer seule la reprise d’un ouvrage y survit rarement.

Enfin, ne considérez jamais qu’un artisan « connu de longue date » dispense de vérification. Les contrats se résilient, les activités évoluent, les primes restent parfois impayées. Une attestation collectée il y a trois ans ne prouve rien aujourd’hui. La vérification doit être annuelle et, idéalement, chantier par chantier.

Comment vérifier l'attestation d'un sous-traitant ?

Depuis l’arrêté du 5 janvier 2016 pris en application de l’article L243-2 du Code des assurances, les attestations d’assurance décennale suivent un modèle comportant des mentions minimales, précisé par l’article A243-3 du Code des assurances. Cette normalisation facilite le contrôle : vous savez ce que vous devez y trouver.

Votre check-list de contrôle :

  • la mention « Attestation d’assurance » et les termes « Assurance de responsabilité décennale obligatoire » ;
  • la dénomination sociale, l’adresse et le numéro d’identification unique (SIREN) de l’assuré : comparez-les avec le Kbis et avec le nom figurant sur le devis, une simple différence de raison sociale peut révéler une autre entité ;
  • l’identité de l'assureur et le numéro de contrat ;
  • la période de validité : elle doit couvrir la date d’ouverture de votre chantier ;
  • la nature des travaux et les activités garanties : elles doivent inclure explicitement le lot que vous confiez ;
  • la distinction entre une attestation portant sur l'ensemble des opérations de l’entreprise et une attestation délivrée pour une opération de construction particulière ;
  • l’existence éventuelle de conditions ou limitations mentionnées sur le document.

En cas de doute — document scanné de mauvaise qualité, mentions incohérentes, activités formulées de façon vague — contactez directement l’assureur mentionné pour faire confirmer la validité du contrat à la date considérée. Cette démarche est légitime et courante.

Conservez ensuite l’attestation dans le dossier du chantier, avec le devis et le contrat de sous-traitance, pendant au moins dix ans après la réception. C’est la durée pendant laquelle votre responsabilité et vos recours peuvent être mis en jeu. Batirio vous aide à structurer cette collecte et à identifier les libellés d’activités qui ne correspondent pas aux travaux confiés.

Quelles précautions contractuelles prendre avant de confier un lot ?

La sécurité juridique se construit avant le premier coup de pioche. Un contrat de sous-traitance écrit, même bref, vaut infiniment mieux qu’un accord verbal doublé d’un bon de commande.

Les points à formaliser :

  • Un contrat de sous-traitance écrit, décrivant précisément le périmètre technique du lot, les délais, le prix, les modalités de réception des travaux du sous-traitant et les pénalités éventuelles.
  • L’annexe des attestations d’assurance (décennale et responsabilité civile), avec une clause obligeant le sous-traitant à vous transmettre spontanément la nouvelle attestation à chaque renouvellement, et à vous informer de toute résiliation.
  • L’acceptation du sous-traitant et l’agrément de ses conditions de paiement par le maître de l’ouvrage, prévus par la loi du 31 décembre 1975. Cette formalité protège aussi l’entreprise principale en clarifiant la chaîne contractuelle.
  • Les garanties de paiement exigées par la loi de 1975 dans les marchés privés, qui structurent la relation financière.
  • Une réception contradictoire des travaux du sous-traitant, avec un procès-verbal et des réserves écrites : c’est la pièce qui fera la différence si un désordre apparaît des années plus tard.
  • La conservation du dossier complet pendant dix ans à compter de la réception de l’ouvrage.

Pensez également à vérifier la cohérence entre votre propre contrat d’assurance et vos pratiques : part de chiffre d’affaires sous-traitée, obligation de collecte des attestations, éventuelle obligation de déclarer les chantiers d’un montant important. Ces clauses conditionnent l’étendue réelle de votre garantie.

En tant que courtier, Batirio ne se substitue ni à votre conseil juridique ni à l’assureur : nous analysons vos pratiques de sous-traitance, nous vous alertons sur les clauses restrictives de votre contrat et nous vous aidons à mettre en place une procédure simple de collecte et de contrôle des attestations. Signalez-nous votre organisation : c’est le meilleur moyen d’éviter qu’un recours devienne impossible dix ans plus tard.

Sources : Loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance (consulté en août 2026) · Article 1792 du Code civil (consulté en août 2026) · Article 1792-4-3 du Code civil (consulté en août 2026) · Article L243-2 du Code des assurances (consulté en août 2026) · Article A243-3 du Code des assurances (consulté en août 2026) · Arrêté du 5 janvier 2016 fixant un modèle d’attestation d’assurance (consulté en août 2026)

Pour aller plus loin

Devis décennale en 2 minutes