Quels sont les délais réglementaires imposés à l'assureur DO ?
Mis à jour le 4 août 2026 — Sami Hami, courtier en assurances (ORIAS n° 22001730)
Des fissures traversantes apparaissent trois ans après la réception de votre maison, ou l’étanchéité de la toiture-terrasse cède et l’eau ruisselle dans les chambres. Vous déclarez le sinistre à votre assureur dommages-ouvrage… et le silence s’installe. C’est précisément ce que le législateur a voulu éviter : parce que la dommages-ouvrage sert à financer vite les réparations, sans attendre qu’un tribunal désigne un responsable, elle est encadrée par des délais impératifs. Les connaître change tout : ils vous permettent de savoir à quelle date exacte l’assureur est en retard, et quels leviers vous pouvez actionner à ce moment-là.
Que doit faire l'assureur dommages-ouvrage dans les 60 jours ?
Le compte à rebours ne démarre pas le jour où vous constatez les désordres, mais le jour où l’assureur reçoit une déclaration de sinistre réputée constituée, c’est-à-dire comportant toutes les mentions exigées par les clauses types. À partir de cette date, l’article L242-1 du Code des assurances lui laisse soixante jours pour vous notifier sa décision quant au principe de la mise en jeu des garanties.
Pendant ces soixante jours, l’assureur instruit le dossier :
- il désigne le plus souvent un expert, chargé d’établir un rapport préliminaire décrivant les dommages, leur cause et leur caractère décennal ou non ;
- il vous communique ce rapport préliminaire préalablement, ou au plus tard au moment de sa notification : vous pouvez ainsi comprendre sa position et, le cas échéant, la contester point par point ;
- il peut se dispenser d’expertise lorsqu’il évalue le dommage à un montant inférieur à 1 800 euros ; il doit alors vous notifier son offre d’indemnité dans les quinze jours de la réception de la déclaration ;
- il peut également se dispenser d’expertise lorsque la garantie n’est manifestement pas concernée, par exemple si le désordre relève de l’entretien courant.
Cette notification n’est pas une simple information de courtoisie : elle engage l’assureur. En l’absence de réponse dans le délai, la garantie est acquise et vous pouvez engager les dépenses nécessaires à la réparation des dommages. C’est la sanction voulue par l’article L242-1 pour éviter l’enlisement des dossiers.
Deux erreurs coûtent cher au maître d’ouvrage : envoyer une déclaration incomplète, qui repousse le point de départ du délai, et subir la visite de l’expert sans avoir préparé ses éléments. Rassemblez dès la déclaration le procès-verbal de réception, des photos datées, les devis de reprise et vos échanges avec les entreprises. En tant que courtier, Batirio vous aide à constituer ce dossier et à vérifier que la chronologie de vos échanges est bien tracée.
Sous quel délai l'offre d'indemnité doit-elle être présentée ?
Lorsque l’assureur accepte de mobiliser sa garantie, il doit vous présenter une offre d’indemnité dans un délai maximal de quatre-vingt-dix jours à compter de la réception de la déclaration de sinistre réputée constituée. Attention : ce délai court depuis la déclaration, pas depuis la notification de prise en charge. Les 90 jours englobent donc les 60 premiers.
Cette offre peut avoir un caractère provisionnel lorsque l’ampleur des travaux n’est pas encore chiffrable, par exemple si des investigations destructives sont nécessaires. Elle est destinée au paiement des travaux de réparation des dommages, y compris, lorsque c’est indispensable, les travaux de démolition, déblaiement, dépose ou démontage.
Si vous acceptez l’offre, l’assureur doit régler l’indemnité dans les quinze jours. Si vous la contestez parce qu’elle vous paraît manifestement insuffisante, vous n’êtes pas condamné à attendre : le dispositif prévoit le versement d’une avance sur indemnité, réglée en une seule fois dans un délai maximal de quinze jours à compter de la réception de votre demande par l’assureur. Vous pouvez ainsi lancer les travaux les plus urgents tout en poursuivant la discussion sur le montant définitif.
| Étape | Délai maximal |
|---|---|
| Signalement d’une déclaration incomplète | 10 jours après réception |
| Notification de la position sur la garantie | 60 jours |
| Offre d’indemnité | 90 jours |
| Offre en cas de dommage évalué à moins de 1 800 € | 15 jours |
| Règlement après acceptation de l’offre | 15 jours |
Un réflexe simple : datez tout. Conservez l’accusé de réception de votre lettre recommandée, les courriels de l’expert et la date de chaque envoi de pièce complémentaire. C’est cette traçabilité qui rend les délais opposables et qui donnera du poids à votre réclamation en cas de dépassement.
Que faire si l'assureur dépasse les délais ou propose trop peu ?
Le Code des assurances ne se contente pas d’énoncer des délais : il les assortit d’une sanction financière. Lorsque l’assureur ne respecte pas l’un des délais de notification ou d’offre, ou lorsqu’il propose une offre manifestement insuffisante, vous pouvez, après l’en avoir informé, engager les dépenses nécessaires à la réparation des dommages. L’indemnité versée par l’assureur est alors majorée de plein droit d’un intérêt égal au double du taux de l’intérêt légal.
Cette mécanique n’est efficace que si elle est correctement déclenchée. La marche à suivre :
- Constatez le dépassement par écrit : lettre recommandée avec accusé de réception rappelant la date de votre déclaration, la date à laquelle le délai expirait et l’absence de réponse ou le montant proposé.
- Informez l’assureur avant d’engager les dépenses : cette information préalable est la condition posée par le texte.
- Faites chiffrer les travaux par des entreprises assurées, avec des devis détaillés poste par poste : ils constitueront la référence du coût réel.
- Conservez toutes les factures, y compris les frais annexes de démolition, déblaiement ou relogement lorsque le contrat les prévoit.
Si le désaccord porte sur la technique plutôt que sur le calendrier, vous pouvez demander une contre-expertise, généralement à vos frais, sauf disposition contractuelle plus favorable. En cas de blocage persistant, la Médiation de l’assurance peut être saisie gratuitement après avoir épuisé les recours internes auprès du service réclamations de l’assureur, et l’action judiciaire reste ouverte dans le délai de prescription applicable.
Batirio intervient comme courtier : nous n’indemnisons pas et ne garantissons pas, mais nous relisons votre dossier, vérifions que les délais ont bien couru et vous aidons à formuler une réclamation étayée. Beaucoup de dossiers se débloquent simplement parce que les dates et les pièces sont enfin présentées de façon incontestable.
Comment rédiger une déclaration de sinistre qui déclenche les délais ?
Tout repose sur cette notion : la déclaration doit être réputée constituée. Les clauses types de l’annexe II à l’article A243-1 du Code des assurances énumèrent les renseignements minimaux qu’elle doit comporter. Si l’un d’eux manque, l’assureur dispose de dix jours à compter de la réception pour vous signifier que la déclaration n’est pas constituée et réclamer les éléments manquants. Passé ce délai de dix jours sans réaction de sa part, votre déclaration produit ses effets.
Votre courrier doit donc mentionner au minimum :
- le numéro du contrat d’assurance et, le cas échéant, celui de l’avenant ;
- le nom du propriétaire de la construction endommagée ;
- l'adresse de la construction endommagée ;
- la date de réception des travaux ou, à défaut, la date de première occupation des locaux ;
- la date d’apparition des dommages, ainsi que leur description et leur localisation.
Quelques conseils pratiques pour renforcer votre dossier sans l’alourdir : envoyez toujours en lettre recommandée avec accusé de réception, ou par le canal électronique prévu au contrat qui garantit une preuve de réception. Joignez des photographies datées, une copie du procès-verbal de réception avec ses réserves éventuelles, et si vous en disposez, le rapport d’un homme de l’art. Décrivez les conséquences concrètes : infiltrations rendant une pièce inhabitable, fissures évolutives, affaissement d’un plancher. Ce vocabulaire factuel aide l’expert à qualifier le désordre au regard des critères de l’article 1792 du Code civil, à savoir l’atteinte à la solidité de l’ouvrage ou l’impropriété à sa destination.
Enfin, déclarez sans attendre. Même si la garantie dure dix ans, un désordre laissé sans réaction s’aggrave et l’assureur peut discuter la part imputable au défaut d’entretien ou à l’absence de mesures conservatoires.
Sources : Article L242-1 du Code des assurances (consulté en août 2026) · Annexe II à l’article A243-1 du Code des assurances (clauses types dommages-ouvrage) (consulté en août 2026) · Article A243-1 du Code des assurances (consulté en août 2026) · Article 1792 du Code civil (consulté en août 2026)