Que se passe-t-il si l'assureur ne respecte pas les délais de 60 et 90 jours ?
Mis à jour le 4 août 2026 — Sami Hami, courtier en assurances (ORIAS n° 22001730)
Vous avez déclaré un sinistre à votre assureur dommages-ouvrage et, depuis, plus rien. Les semaines passent, la fissure progresse, l’infiltration continue, et le silence de l’assureur bloque votre chantier de réparation. La situation est loin d’être rare, et le législateur l’a anticipée : l’assurance dommages-ouvrage est l’une des rares assurances françaises encadrée par des délais impératifs, assortis d’une sanction automatique. Savoir les invoquer change tout, que vous soyez particulier maître d’ouvrage, syndic de copropriété, bailleur social ou promoteur. Encore faut-il connaître le point de départ exact de chaque délai et la formalité à respecter avant d’engager quoi que ce soit.
Quels délais l'assureur dommages-ouvrage doit-il respecter, étape par étape ?
Le calendrier de gestion d’un sinistre dommages-ouvrage n’est pas laissé à la discrétion de l’assureur. Il est fixé par l'article L242-1 du Code des assurances et repris dans les clauses types de l'annexe II à l’article A243-1, qui s’imposent à tout contrat dommages-ouvrage. Tous les délais courent à compter de la réception de votre déclaration de sinistre réputée constituée, c’est-à-dire complète au regard des informations exigées par le contrat.
| Délai | Ce que l’assureur doit faire |
|---|---|
| 10 jours | Vous signifier, le cas échéant, que votre déclaration n’est pas réputée constituée et préciser les pièces manquantes |
| 60 jours | Vous notifier sa décision quant au principe de la mise en jeu des garanties, après vous avoir communiqué le rapport préliminaire de l’expert |
| 90 jours | Présenter une offre d’indemnité, le cas échéant provisionnelle, lorsqu’il accepte de garantir le sinistre |
| 15 jours | Régler l’indemnité après votre acceptation de l’offre |
Deux aménagements existent. D’une part, en cas de difficultés exceptionnelles tenant à la nature ou à l’importance du sinistre, l’assureur peut vous proposer, avant l’expiration du délai de 60 jours, un délai supplémentaire pour établir son rapport préliminaire : ce délai suppose votre accord exprès et ne peut excéder 135 jours. D’autre part, une avance sur indemnité peut vous être versée sur demande, dans les conditions prévues par les clauses types.
Retenez l’essentiel : le compteur ne démarre pas au jour où vous constatez le désordre, mais au jour où l’assureur reçoit un dossier complet. C’est pourquoi il est décisif d’envoyer une déclaration soignée dès le départ, avec description précise des désordres, dates, photographies et coordonnées des intervenants. Chaque pièce oubliée est une occasion de repousser le point de départ des 60 et des 90 jours.
Que pouvez-vous faire concrètement si le délai de 60 ou de 90 jours est dépassé ?
L’article L242-1 vous ouvre un droit puissant, mais conditionné à une formalité. Le texte prévoit que lorsque l’assureur ne respecte pas l’un de ces délais, ou lorsqu’il propose une offre d’indemnité manifestement insuffisante, vous pouvez, après le lui avoir notifié, engager les dépenses nécessaires à la réparation des dommages. L’indemnité qui vous sera due est alors majorée de plein droit d’un intérêt égal au double du taux de l’intérêt légal.
La marche à suivre est donc la suivante :
- Vérifiez le point de départ. Reprenez l’accusé de réception de votre déclaration et vérifiez qu’aucune demande de pièces complémentaires n’a été formulée dans les 10 jours.
- Notifiez par écrit. Adressez à l’assureur une lettre recommandée avec avis de réception constatant le dépassement du délai et annonçant que vous allez engager les travaux de réparation. Cette notification préalable n’est pas une politesse : c’est la condition posée par le texte.
- Engagez les dépenses nécessaires. Faites établir des devis détaillés, limités à ce qui est nécessaire pour réparer le désordre déclaré. Des travaux d’embellissement ou d’amélioration ajoutés au passage ne relèvent pas de ce droit.
- Conservez tout. Devis, factures acquittées, ordres de service, comptes rendus de chantier, photographies avant et après.
Deux précautions valent d’être rappelées. D’abord, engager les travaux ne signifie pas renoncer à l’expertise : faites constater l’état des désordres avant intervention, au besoin par un expert d’assuré ou un constat d’huissier, car détruire la preuve du sinistre fragilise votre demande. Ensuite, l’offre « manifestement insuffisante » ne se confond pas avec une offre simplement décevante : il faut un écart flagrant avec le coût réel des réparations, appuyé sur des devis d’entreprises.
En tant que courtier, Batirio vous aide à lire votre contrat, à identifier le délai réellement applicable et à formaliser vos échanges avec l’assureur. Batirio n’assure pas et n’indemnise pas : il vous conseille et défend la cohérence de votre dossier.
Comment fonctionne la majoration au double du taux de l'intérêt légal ?
La sanction prévue par l’article L242-1 est financière et, surtout, automatique. Le texte parle d’une majoration « de plein droit » : vous n’avez ni à la réclamer comme une faveur, ni à démontrer un préjudice distinct du retard. Dès lors que le délai n’a pas été tenu et que vous avez notifié votre intention d’engager les travaux, l’intérêt s’applique.
Quelques repères pour comprendre le mécanisme :
- Le taux de référence. Le taux de l’intérêt légal est fixé par arrêté et publié au Journal officiel, avec une révision semestrielle. Il existe deux taux distincts, l’un applicable lorsque le créancier est un particulier agissant hors activité professionnelle, l’autre dans les autres cas. C’est ce taux, doublé, qui s’applique.
- L’assiette. La majoration porte sur l’indemnité versée par l’assureur au titre du sinistre, et non sur une somme forfaitaire.
- La durée. Elle court à partir du moment où l’assureur est en retard, jusqu’au règlement effectif. Plus l’assureur tarde, plus la sanction s’alourdit : c’est précisément l’effet dissuasif voulu par le texte.
Cette majoration se cumule avec les autres droits que vous tenez du contrat et du droit commun : demande de provision, recours à l’expertise judiciaire en référé, contestation du montant proposé. Elle ne vous prive pas non plus de la possibilité de saisir le médiateur de l’assurance ou, en dernier ressort, le tribunal.
Attention en revanche à un point souvent négligé : l’action dérivant du contrat d’assurance est soumise à une prescription de deux ans (article L114-1 du Code des assurances). Le retard de l’assureur ne suspend pas indéfiniment vos droits. Si le dossier s’enlise, il faut interrompre la prescription en temps utile, par lettre recommandée avec avis de réception ou par une action en justice, plutôt que d’attendre une réponse qui ne vient pas.
Quelles preuves réunir pour faire valoir vos droits face à l'assureur ?
Le droit prévu par l’article L242-1 repose entièrement sur des dates. Si vous ne pouvez pas prouver quand votre déclaration a été reçue, vous ne pouvez pas prouver que le délai de 60 ou de 90 jours a été dépassé. Un dossier bien tenu vaut donc mieux qu’un long débat.
Le minimum à constituer et à conserver :
- La déclaration de sinistre elle-même, envoyée en lettre recommandée avec avis de réception ou par un canal dématérialisé donnant date certaine, et son accusé de réception.
- Les pièces jointes : procès-verbal de réception des travaux et ses réserves éventuelles, marchés et devis d’origine, coordonnées des entreprises intervenues, attestations d’assurance recueillies avant l’ouverture du chantier.
- La chronologie des désordres : photographies horodatées, relevés de fissures, factures de dépannage d’urgence, témoignages de locataires ou de voisins.
- Tous les courriers de l’assureur, y compris la demande éventuelle de pièces complémentaires dans les 10 jours, le rapport préliminaire de l’expert et le rapport définitif.
- Votre notification de dépassement de délai, avec son avis de réception : c’est la pièce maîtresse.
Tenez un journal simple du sinistre, une ligne par événement avec sa date. Ce document, sans valeur juridique en lui-même, vous permet de reconstituer instantanément la chronologie et de repérer le jour où le délai a expiré.
Si le désaccord persiste après l’offre, plusieurs voies restent ouvertes : recours à un expert d’assuré qui vous représente face à l’expert de la compagnie, saisine du médiateur de l’assurance, puis expertise judiciaire en référé. Ces démarches ne s’excluent pas.
Courtier immatriculé à l’ORIAS sous le numéro 22001730, Batirio intervient en amont, au moment du placement du risque, et à vos côtés pour décrypter les clauses types applicables à votre contrat. Vous gardez la main sur vos décisions, avec une lecture claire de ce que le texte vous permet d’exiger.
Sources : Article L242-1 du Code des assurances (consulté en août 2026) · Annexe II à l’article A243-1 du Code des assurances — clauses types dommages-ouvrage (consulté en août 2026) · Article 1792-6 du Code civil (consulté en août 2026)