RC Décennale · question fréquente

Qu'est-ce que la décennale ne couvre pas ?

Réponse courte
La garantie décennale ne couvre ni l’usure normale, ni le défaut d’entretien, ni les désordres purement esthétiques, ni les défauts apparents réservés à la réception. Elle laisse à d’autres garanties le parfait achèvement (1 an, article 1792-6 du code civil), le bon fonctionnement des équipements dissociables (2 ans, article 1792-3) et les dommages aux tiers pendant le chantier.

Mis à jour le 4 août 2026 — , courtier en assurances (ORIAS n° 22001730)

« Je suis couvert en décennale, donc je suis couvert pour tout. » Cette phrase, on l’entend sur beaucoup de chantiers, et elle conduit régulièrement à des refus de garantie mal vécus. La responsabilité décennale est une protection puissante, mais elle a un périmètre précis, dessiné par les articles 1792 et suivants du code civil. Savoir ce qu’elle ne couvre pas est aussi utile que savoir ce qu’elle couvre : cela permet d’identifier les trous de garantie et de les combler avec les protections adaptées à votre métier.

Quels désordres échappent à la garantie décennale ?

La garantie décennale vise les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou qui, l’affectant dans l’un de ses éléments constitutifs ou d’équipement indissociable, le rendent impropre à sa destination. Tout ce qui reste en deçà de ce seuil de gravité en sort.

Sont ainsi classiquement exclus :

  • Les désordres purement esthétiques. Une nuance de teinte entre deux lots d’enduit, une finition irrégulière, une microfissure de faïençage sans conséquence sur l’étanchéité ou la structure ne relèvent pas de la décennale.
  • L’usure normale et le vieillissement. Un revêtement qui se patine, un joint qui se fatigue après plusieurs années d’exposition : c’est la vie normale du bâtiment.
  • Le défaut d’entretien. Une gouttière jamais nettoyée qui finit par provoquer des infiltrations engage la responsabilité du propriétaire, pas celle du constructeur.
  • L’usage anormal de l’ouvrage. Une surcharge de plancher, une transformation non prévue, un détournement de destination modifient les conditions d’exploitation.
  • La cause étrangère. L’article 1792 permet au constructeur de s’exonérer en prouvant que le dommage provient d’une cause qui lui est étrangère : fait d’un tiers, événement naturel exceptionnel, immixtion fautive du maître d’ouvrage.

Une nuance importante : le caractère « esthétique » d’un désordre ne suffit pas toujours à l’exclure. Lorsque l’aspect dégradé rend le bien impropre à sa destination, par exemple pour un ouvrage dont l’apparence conditionne l’usage, la qualification peut évoluer. C’est une appréciation de fait, tranchée au cas par cas.

Chez Batirio, courtier ORIAS 22001730, nous prenons le temps d’expliquer ce seuil de gravité, car c’est lui qui commande tout le reste.

Pourquoi les désordres apparents à la réception ne sont-ils pas couverts ?

Parce que la réception est le point de bascule juridique de tout le dispositif. L’article 1792-6 du code civil la définit comme l’acte par lequel le maître de l’ouvrage déclare accepter l’ouvrage avec ou sans réserves.

La logique est la suivante :

  • Ce qui est visible et non réservé est réputé accepté. Le maître d’ouvrage a vu, il n’a rien dit, il a accepté. Ces désordres apparents ne peuvent plus être invoqués au titre de la décennale.
  • Ce qui est réservé relève de la garantie de parfait achèvement, due pendant un an par l’entrepreneur.
  • Ce qui est caché à la réception et se révèle ensuite ouvre la voie à la garantie décennale, si le seuil de gravité est atteint.

D’où l’importance capitale du procès-verbal de réception. Un PV bâclé, signé à la va-vite pour libérer le solde, prive le maître d’ouvrage de recours sur tout ce qui était visible ce jour-là. À l’inverse, un PV détaillé, avec réserves écrites et délais de levée, protège les deux parties : le maître d’ouvrage sait ce qu’il peut exiger, l’entreprise sait ce qu’elle doit reprendre.

Deux conseils pratiques valables pour tous les professionnels du bâtiment :

  • Datez et faites signer la réception, même sur les petits chantiers. C’est elle qui fait démarrer les délais de un, deux et dix ans.
  • Rédigez les réserves avec précision : « fissure en angle du mur nord du séjour » vaut mieux que « finitions à revoir ».

Sans réception, les points de départ des garanties deviennent incertains, et les litiges se compliquent inutilement.

Quelles garanties prennent le relais de la décennale ?

La décennale n’est qu’un étage d’un dispositif à trois niveaux, organisé par le code civil. Chaque garantie a sa durée, son objet et son débiteur.

GarantieDurée depuis la réceptionCe qu’elle couvreTexte
Parfait achèvement1 anTous les désordres signalés, réservés au PV ou dénoncés par écrit dans l’année, quelle que soit leur gravitéArticle 1792-6 du code civil
Bon fonctionnement2 ans minimumLes éléments d’équipement dissociables de l’ouvrage : volets, radiateurs, portes intérieures, interphoneArticle 1792-3 du code civil
Décennale10 ansLes dommages compromettant la solidité ou rendant l’ouvrage impropre à sa destination, y compris via un équipement indissociableArticles 1792 et 1792-2 du code civil

La frontière la plus discutée est celle des éléments d’équipement. L’article 1792-2 étend la présomption de responsabilité aux équipements qui font indissociablement corps avec les ouvrages de viabilité, de fondation, d’ossature, de clos ou de couvert : une chaudière scellée dans la structure ne se traite pas comme un radiateur démontable.

Notez enfin que l’article 1792-7 du code civil exclut du champ de ces garanties les éléments d’équipement dont la fonction exclusive est de permettre l’exercice d’une activité professionnelle dans l’ouvrage : machines de production, matériel industriel spécifique. Un point à connaître pour tous ceux qui interviennent en bâtiment industriel ou tertiaire.

Qui paie les dommages causés à des tiers pendant le chantier ?

Pas la décennale. Elle ne joue qu'après la réception et pour les dommages à l’ouvrage lui-même. Tout ce qui survient pendant les travaux relève d’autres couvertures.

Trois situations à distinguer :

  • Un dommage causé à un tiers pendant le chantier : une benne qui abîme un véhicule, un échafaudage qui blesse un passant, une fissuration provoquée chez le voisin mitoyen. C’est la responsabilité civile professionnelle, dite RC exploitation, qui est concernée.
  • Un dommage à l’ouvrage en cours de construction : incendie, tempête, effondrement partiel avant réception, vol de matériaux posés. C’est le domaine de la tous risques chantier, facultative mais très utile sur les opérations d’ampleur.
  • Un dommage après réception mais sans gravité décennale : c’est la RC professionnelle après livraison qui peut intervenir, selon les termes du contrat.

Une erreur fréquente consiste à croire que le contrat « décennale » souscrit par une entreprise contient automatiquement tout cela. Ce n’est pas le cas : beaucoup de contrats associent RC décennale et RC professionnelle, mais l’étendue, les montants et les exclusions varient. Il faut lire les conditions particulières, pas la seule intitulé du contrat.

Un autre piège concerne les activités déclarées. Un professionnel assuré pour la maçonnerie qui réalise une charpente ne sera pas couvert pour cette activité, ni en décennale ni en RC. La déclaration d’activités n’est pas une case administrative : c’est le périmètre exact de votre protection.

Bien comprendre ces limites vous permet de compléter votre couverture avec les protections réellement adaptées à votre métier, plutôt que de découvrir le trou de garantie le jour du sinistre.

Sources : Article 1792 du code civil (consulté en août 2026) · Article 1792-2 du code civil (consulté en août 2026) · Article 1792-3 du code civil (consulté en août 2026) · Article 1792-6 du code civil (consulté en août 2026) · Article 1792-7 du code civil (consulté en août 2026) · Service-Public : les garanties après réception des travaux (consulté en août 2026)

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