Résilié pour sinistres : comment retrouver une assurance décennale
Sommaire Pourquoi l'assureur résilie après des sinistres
L’essentiel
Être résilié pour sinistres en décennale ne vous laisse jamais sans issue. L’assurance de responsabilité civile décennale étant obligatoire (art. L241-1 du Code des assurances), tout constructeur résilié peut se replacer auprès d’un assureur spécialisé dans les risques aggravés ou, à défaut, saisir le Bureau central de tarification (BCT) qui contraint un assureur à le couvrir. La clé du replacement est un relevé de sinistralité transparent.
Rédigé par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 · Vérifié le 4 juillet 2026
Être résilié pour sinistres en décennale est l’une des situations les plus redoutées des artisans et entreprises du bâtiment : après un ou plusieurs sinistres décennaux, la compagnie met fin au contrat et le professionnel se retrouve exposé, sans couverture obligatoire. Comme la garantie décennale est imposée par la loi à tout constructeur (art. 1792 du Code civil), rester résilié bloque immédiatement l’ouverture de chantiers, la signature de devis et l’accès aux marchés.
La bonne nouvelle : une résiliation pour sinistres n’est jamais une condamnation à l’inassurabilité. Dans ce guide, un courtier spécialisé construction vous explique pourquoi l’assureur résilie, comment cette résiliation pèse sur votre prochain contrat, le rôle central du relevé de sinistralité, les solutions concrètes pour vous replacer, et le recours ultime au Bureau central de tarification.
Pourquoi l'assureur résilie après des sinistres
Une résiliation pour sinistres traduit une décision de gestion de l’assureur : il estime que la fréquence ou le coût des sinistres déclarés rend le risque non rentable au tarif appliqué. Le Code des assurances autorise cette résiliation, généralement après la survenance d’un sinistre, en respectant un préavis (souvent un mois) et une prise d’effet à l’échéance ou à une date convenue.
- Fréquence des sinistres : plusieurs déclarations rapprochées, même de faible montant, alertent l’assureur plus qu’un sinistre isolé.
- Gravité et coût : un sinistre décennal lourd (effondrement, infiltrations généralisées, impropriété à destination) dégrade fortement le ratio sinistres / primes.
- Nature des désordres : des sinistres répétés sur la même technique révèlent un problème de maîtrise, plus inquiétant qu’un aléa ponctuel.
- Provision pour sinistres tardifs : en décennale, un sinistre peut apparaître jusqu’à dix ans après réception ; l’assureur anticipe ce risque de long terme.
Il faut distinguer la résiliation pour sinistres de la résiliation pour non-paiement : la première reflète la sinistralité, la seconde un défaut de règlement de la prime. Les deux figurent dans votre historique, mais elles ne se traitent pas de la même façon lors du replacement. Conservez toujours la lettre de résiliation : elle précise le motif exact et la date d’effet, deux informations indispensables pour reconstruire votre couverture.
Enfin, une résiliation par un assureur n’entache pas définitivement votre profil. Elle exprime l’appétence d’une compagnie à un instant donné. Le même dossier, présenté à un assureur spécialisé dans les risques aggravés et accompagné d’un relevé de sinistralité honnête, obtient fréquemment une réponse positive.
L'impact de la résiliation sur le nouveau contrat
Une résiliation pour sinistres change la donne au moment de souscrire un nouveau contrat. Le professionnel devient un « risque aggravé » : l’assureur suivant sait qu’il reprend un profil ayant déjà déclaré des sinistres, et adapte ses conditions en conséquence.
- Surprime : la prime peut être majorée pour refléter la sinistralité passée, parfois de façon dégressive sur plusieurs exercices sans nouveau sinistre.
- Franchise majorée : l’assureur peut relever la franchise afin de vous responsabiliser sur les premiers euros de chaque dommage.
- Restriction de garantie : certaines activités à l’origine des sinistres peuvent être exclues ou soumises à conditions.
- Obligation de déclaration : taire une résiliation antérieure ou minorer sa sinistralité constitue une fausse déclaration, susceptible d’entraîner la nullité du contrat (art. L113-8 du Code des assurances).
Le point crucial est la transparence. Un questionnaire de souscription mal rempli, qui masque une résiliation ou des sinistres, fragilise gravement le nouveau contrat : en cas de sinistre, l’assureur peut opposer la nullité et refuser sa garantie, laissant le constructeur personnellement responsable. Déclarer sans détour son passé, aussi inconfortable soit-il, est la seule stratégie qui sécurise durablement la couverture.
Le relevé de sinistralité, pièce maîtresse
Le relevé de sinistralité (ou relevé d’informations) est le document qui récapitule l’historique de votre contrat : sinistres déclarés, montants, dates, motif de résiliation éventuel. En assurance construction, c’est la pièce centrale de tout replacement après une résiliation pour sinistres.
Votre ancien assureur est tenu de vous le communiquer : réclamez-le par écrit dès la résiliation. Un relevé à jour vous permet de négocier sur des faits objectifs plutôt que sur une présomption défavorable. À l’inverse, un dossier présenté sans relevé, ou avec un relevé lacunaire, éveille la méfiance et débouche souvent sur un refus.
| Ce que contient le relevé | Pourquoi c’est déterminant |
|---|---|
| Nombre et nature des sinistres | Distingue un aléa isolé d’une sinistralité récurrente. |
| Montant des indemnisations | Objective la gravité réelle du risque pour le nouvel assureur. |
| Dates de survenance | Un historique ancien, sans sinistre récent, joue en votre faveur. |
| Motif de résiliation | Sépare une résiliation pour sinistres d’une résiliation pour non-paiement. |
Analysez votre relevé avant de solliciter le marché : si des sinistres anciens sortent progressivement de la période observée, ou si votre sinistralité s’est stabilisée, ces éléments deviennent des arguments de négociation. Un relevé bien lu transforme un handicap en dossier maîtrisé.
Les solutions pour se replacer
Une résiliation pour sinistres appelle un placement ciblé, pas des demandes à l’aveugle qui multiplient les refus. Plusieurs leviers permettent souvent de retrouver une couverture au juste prix :
- Solliciter des assureurs spécialisés risques aggravés : certains porteurs acceptent délibérément les profils résiliés que les généralistes écartent.
- Fournir un relevé de sinistralité complet : c’est la première pièce réclamée ; l’anticiper accélère l’acceptation.
- Documenter les mesures correctives : nouvelles procédures qualité, formation, changement de sous-traitants, contrôle des chantiers — tout ce qui montre que la cause des sinistres a été traitée.
- Valoriser votre parcours : années d’expérience, diplômes, qualifications (type Qualibat) rassurent sur la maîtrise technique.
- Accepter une surprime ou une franchise majorée transitoire : préférable à l’absence de garantie, elle se renégocie après deux ou trois exercices sans sinistre.
- Passer par un courtier spécialisé : il connaît les grilles d’acceptation de chaque assureur et présente votre dossier, en une seule démarche, aux compagnies susceptibles de dire oui.
Un profil bien préparé change souvent la réponse. Surtout, veillez à la continuité de garantie : un trou de couverture entre l’ancien et le nouveau contrat aggrave le risque et peut vous laisser sans protection sur un chantier en cours. La priorité est donc d’éviter toute interruption avant même de discuter du tarif.
Le BCT en dernier recours
Lorsque plus aucun assureur n’accepte votre dossier, la loi a prévu un filet de sécurité : le Bureau central de tarification (BCT), organisme public institué par le Code des assurances. Son rôle n’est pas de vendre de l’assurance, mais de fixer la prime à laquelle l’assureur désigné par le constructeur est alors contraint de le garantir. Aucun professionnel soumis à l’obligation de décennale ne peut donc rester durablement sans couverture.
La saisine repose sur une condition simple : avoir essuyé un refus de l’assureur de votre choix (le silence gardé plus de 45 jours vaut refus). Concrètement :
| Étape | Ce qu’il faut faire |
|---|---|
| 1. Obtenir un refus | Demander une couverture à l’assureur de votre choix et recueillir son refus écrit. |
| 2. Constituer le dossier | Réunir le formulaire de saisine, le refus, le relevé de sinistralité, le descriptif d’activités et le chiffre d’affaires. |
| 3. Saisir le BCT | Adresser le dossier complet dans les 15 jours suivant le refus. |
| 4. Décision du BCT | Le BCT fixe la prime que l’assureur désigné doit appliquer ; sa décision s’impose à cet assureur. |
Points de vigilance : la prime fixée par le BCT est souvent plus élevée que celle du marché, et la garantie peut se limiter au strict minimum légal. Le BCT reste donc un dernier rempart, à activer une fois les solutions de marché épuisées. Mais il garantit une chose essentielle : un constructeur résilié pour sinistres conserve toujours un moyen légal de se couvrir et de reprendre ses chantiers en règle.
Questions fréquentes
Oui, c’est possible : le Code des assurances autorise l’assureur à résilier après la survenance d’un sinistre, en respectant un préavis. En pratique, c’est surtout la fréquence ou la gravité des sinistres qui déclenche la résiliation.
Impérativement. Taire une résiliation ou minorer votre sinistralité constitue une fausse déclaration pouvant entraîner la nullité du contrat (art. L113-8 du Code des assurances). La transparence est la seule stratégie qui sécurise durablement votre couverture.
Réclamez-le par écrit à votre ancien assureur, qui est tenu de vous le communiquer. Ce document récapitule vos sinistres et le motif de résiliation ; il est indispensable pour vous replacer sur le marché.
Souvent, oui, au moins au début. La prime peut être majorée ou assortie d’une franchise plus élevée. Cette surprime est généralement dégressive : après deux ou trois exercices sans sinistre, elle se renégocie ou le contrat se replace sur une grille plus favorable.
Non. Ouvrir un chantier sans décennale expose à des sanctions pénales et engage votre responsabilité personnelle en cas de dommage. Il faut sécuriser une couverture, y compris via le BCT, avant de reprendre l’activité.
Oui. La première reflète votre sinistralité, la seconde un défaut de règlement de prime. Les deux figurent dans votre historique mais ne se traitent pas de la même façon : le non-paiement exige d’abord de régulariser, les sinistres, un placement en risques aggravés.
Sources : Article L241-1 du Code des assurances (obligation d’assurance décennale), Article 1792 du Code civil (responsabilité décennale), Article L113-8 du Code des assurances (nullité pour fausse déclaration), Article L243-4 du Code des assurances (Bureau central de tarification), service-public.fr — Assurance décennale du constructeur (consultés le 2026-07-04).
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