Refus & BCT

Décennale après une liquidation : reprendre une activité du bâtiment

Par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 Mis à jour le 4 juillet 2026 8 min de lecture
Sommaire L'impact d'une liquidation sur votre assurance décennale
  1. L'impact d'une liquidation sur votre assurance décennale
  2. Le regard des assureurs après une liquidation
  3. Reconstituer un dossier solide pour vous réassurer
  4. Les solutions pour retrouver une décennale
  5. La responsabilité du dirigeant après la liquidation
  6. Questions fréquentes
  7. Sources & références

L’essentiel

Obtenir une décennale après liquidation reste possible : la liquidation d’une ancienne société n’interdit pas de créer une nouvelle entreprise et de s’assurer. Mais les assureurs analysent la cause de la liquidation et la sinistralité passée, et peuvent refuser. En cas de refus caractérisé, le Bureau Central de Tarification impose un assureur (art. L243-4 du Code des assurances). La garantie décennale reste obligatoire (art. 1792 C. civ.).

Rédigé par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 · Vérifié le 4 juillet 2026

La décennale après liquidation est l’un des sujets les plus anxiogènes pour un artisan du bâtiment : après la fermeture d’une société, comment repartir en étant de nouveau couvert par l’assurance responsabilité civile décennale, obligatoire depuis la loi Spinetta ? La bonne nouvelle : une liquidation judiciaire ou amiable ne vous condamne pas à ne plus jamais exercer. La difficulté réelle tient à la perception du risque par les assureurs.

Chez Batirio, nous accompagnons des maçons, couvreurs, charpentiers, électriciens ou entreprises générales qui redémarrent après une liquidation. Ce guide explique l’impact concret d’une liquidation, le regard des assureurs, la façon de reconstituer un dossier solide, les solutions disponibles et le point souvent oublié : la responsabilité personnelle du dirigeant sur les chantiers antérieurs.

L'impact d'une liquidation sur votre assurance décennale

Une liquidation met fin à la personne morale : la société disparaît, et avec elle le contrat d’assurance décennale qu’elle avait souscrit. Il faut distinguer deux effets bien différents.

  • Pour l’avenir : vous n’avez plus de couverture. Reprendre une activité de construction suppose de souscrire un nouveau contrat de RC décennale avant tout chantier.
  • Pour le passé : les chantiers déjà réceptionnés restent couverts pendant dix ans par le contrat de l’ancienne société, au titre de la garantie décennale (art. 1792 du Code civil), même si l’entreprise a disparu.

Autrement dit, la liquidation ne « efface » pas la responsabilité décennale née des ouvrages livrés : c’est l’assureur de l’époque qui reste tenu, dans la limite des conditions du contrat. En revanche, un chantier non réceptionné au moment de la liquidation peut se retrouver sans garantie, ce qui explique la prudence des maîtres d’ouvrage.

Point crucial : une nouvelle entreprise est juridiquement distincte de l’ancienne. Vous ne « reprenez » pas le contrat de la société liquidée. Vous démarrez une souscription neuve, avec un questionnaire de risque à renseigner, où l’antécédent de liquidation devra être déclaré loyalement.

Le regard des assureurs après une liquidation

Pour un assureur construction, une liquidation est un signal qu’il faut interpréter, pas une condamnation automatique. Tout dépend de la cause. Un dossier bien présenté peut lever la méfiance ; un dossier flou la renforce.

Les assureurs cherchent à répondre à une question simple : le professionnel qui redémarre présente-t-il un risque de sinistre décennal supérieur à la moyenne ? Ils examinent principalement :

  • La cause de la liquidation : une défaillance de trésorerie ou un impayé client n’a pas la même portée qu’une accumulation de sinistres techniques ou de malfaçons.
  • La sinistralité passée : le relevé de sinistralité de l’ancienne société est la pièce reine. Zéro sinistre décennal rassure fortement.
  • La continuité d’expérience : mêmes métiers, même savoir-faire, même dirigeant expérimenté jouent en votre faveur.
  • Le motif de fin de contrat précédent : une résiliation par l’assureur pour sinistres ou non-paiement pèse plus lourd qu’une simple cessation liée à la liquidation.

Une liquidation pour raisons économiques, sans sinistre technique, est généralement assurable dans des conditions proches du marché. Une liquidation consécutive à des désordres répétés relèvera d’un profil aggravé, avec surprime possible ou, dans les cas extrêmes, un refus ouvrant la voie au Bureau Central de Tarification.

Reconstituer un dossier solide pour vous réassurer

La qualité de votre dossier fait la différence entre un refus et une acceptation. L’objectif : démontrer que le redémarrage est maîtrisé et que le risque décennal est sous contrôle. Réunissez en priorité :

  • Le relevé de sinistralité de l’ancienne société (délivré par l’assureur précédent) : il retrace les sinistres sur généralement 5 ans et objective votre historique.
  • Une attestation ou lettre de résiliation de l’ancien contrat précisant le motif de fin (échéance, liquidation, non-paiement, sinistres).
  • Les justificatifs de la nouvelle entreprise : extrait Kbis récent, statuts, date de création.
  • Les preuves d’expérience du dirigeant : diplômes, qualifications (Qualibat le cas échéant), années d’exercice, références de chantiers réussis.
  • Une déclaration d’activités précise selon la nomenclature du bâtiment (maçonnerie, couverture, charpente, électricité, plomberie…) : c’est elle qui délimitera votre future couverture.

Un point souvent négligé : l’honnêteté déclarative. Dissimuler une liquidation ou minorer une sinistralité constitue une fausse déclaration susceptible d’entraîner la nullité du contrat (art. L113-8 du Code des assurances). En cas de sinistre, l’assureur pourrait refuser sa garantie. Déclarez tout, et laissez le contexte parler en votre faveur.

Joindre une note explicative claire sur les causes de la liquidation, notamment lorsqu’elles sont purement économiques, aide considérablement l’assureur à distinguer un accident de parcours d’un risque technique récurrent.

Les solutions pour retrouver une décennale

Reprendre une décennale après liquidation passe par une démarche structurée. Plusieurs voies existent, à activer dans l’ordre.

  1. Passer par un courtier spécialisé construction. Il connaît les assureurs qui acceptent les profils atypiques et sait reformuler la déclaration pour valoriser votre expérience réelle. C’est le rôle de Batirio.
  2. Cibler les assureurs adaptés au profil de reprise. Tous n’ont pas la même politique sur les redémarrages : certains excluent d’emblée toute liquidation, d’autres l’acceptent selon la cause et la sinistralité.
  3. Accepter, si nécessaire, une couverture temporairement moins favorable. Surprime, franchise majorée ou périmètre d’activités restreint peuvent constituer une porte d’entrée, à optimiser une fois l’historique reconstitué.
  4. Saisir le Bureau Central de Tarification (BCT) en dernier recours, si tous les assureurs refusent par écrit. Le BCT désigne alors un assureur tenu de vous couvrir et fixe la prime (art. L243-4 du Code des assurances).

Le tableau ci-dessous résume l’orientation selon votre situation :

Situation après liquidationSolution la plus probable
Liquidation économique, aucun sinistre décennalSouscription de marché, conditions proches du standard
Liquidation avec quelques sinistresAssureur spécialisé, surprime ou franchise majorée possible
Résiliation antérieure pour sinistres à répétitionProfil aggravé, courtier indispensable, BCT en secours
Refus écrit de tous les assureurs sollicitésSaisine du Bureau Central de Tarification

Dans tous les cas, ne reprenez aucun chantier sans attestation décennale en main : exercer sans cette assurance obligatoire expose à des sanctions pénales lourdes (art. L243-3 du Code des assurances).

La responsabilité du dirigeant après la liquidation

La liquidation d’une société protège en principe le patrimoine personnel du dirigeant (hors caution ou faute de gestion). Mais en matière de construction, deux points méritent une vigilance particulière.

  • La responsabilité décennale reste attachée aux ouvrages livrés. Elle pèse d’abord sur l’assureur de l’ancienne société. Si ce contrat a été régulièrement souscrit et payé, les maîtres d’ouvrage restent protégés pendant dix ans après réception, même après la disparition de l’entreprise.
  • Le défaut d’assurance antérieur est un vrai danger. Si l’ancienne société avait exercé sans décennale, ou hors du périmètre déclaré, la garantie peut faire défaut. Le maître d’ouvrage lésé peut alors rechercher la responsabilité personnelle du dirigeant constructeur.

C’est pourquoi les assureurs, avant de vous réassurer, s’intéressent à la régularité de votre couverture passée : un « trou » de garantie sur des chantiers antérieurs est un facteur d’aggravation.

Notre conseil : faites le point sur la continuité de vos couvertures avant de redémarrer. Un dirigeant qui a toujours été correctement assuré, y compris pendant l’activité liquidée, présente un profil bien plus rassurant. Chez Batirio, nous sécurisons d’abord votre obligation légale, puis nous travaillons à optimiser votre tarif à mesure que votre nouvel historique se construit.

Questions fréquentes

Oui. La liquidation d’une société n’interdit pas de créer une nouvelle entreprise et de souscrire une décennale. Les assureurs analysent surtout la cause de la liquidation et la sinistralité passée ; une liquidation purement économique reste généralement assurable.

Oui. Les ouvrages déjà réceptionnés restent garantis dix ans au titre de la décennale (art. 1792 du Code civil) par le contrat de l’ancienne société, même après sa disparition, à condition que ce contrat ait été régulièrement souscrit.

Oui, impérativement. Dissimuler une liquidation ou une sinistralité constitue une fausse déclaration pouvant entraîner la nullité du contrat (art. L113-8 du Code des assurances). Déclarez tout et joignez une note expliquant les causes.

Après un refus écrit, vous pouvez saisir le Bureau Central de Tarification dans les 15 jours. Le BCT désigne un assureur tenu de vous couvrir et fixe la prime (art. L243-4 du Code des assurances). Un courtier peut souvent débloquer une solution avant d’en arriver là.

Cela dépend du profil. Une liquidation économique sans sinistre décennal permet souvent des conditions proches du marché. Une liquidation liée à des désordres techniques peut entraîner une surprime ou une franchise majorée.

En principe, la liquidation protège votre patrimoine personnel. Mais si des chantiers antérieurs n’étaient pas assurés ou l’étaient hors périmètre déclaré, un maître d’ouvrage lésé peut rechercher votre responsabilité personnelle de constructeur.

Sources : Code civil, art. 1792 (garantie décennale) (consulté le 2026-07-04) ; Code des assurances, art. L243-4 (Bureau Central de Tarification) (consulté le 2026-07-04) ; Code des assurances, art. L113-8 (nullité pour fausse déclaration) (consulté le 2026-07-04) ; Loi n° 78-12 du 4 janvier 1978 (loi Spinetta) (consulté le 2026-07-04) ; service-public.fr — Assurance décennale du constructeur (consulté le 2026-07-04). Auteur : courtier immatriculé ORIAS n° 22001730.

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