Sinistres & jurisprudence

Fissures des fondations : le sinistre décennal non couvert de l'entreprise étrangère

Par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 Mis à jour le 4 juillet 2026 7 min de lecture
Sommaire Le sinistre : des fondations qui lâchent trois ans après réception
  1. Le sinistre : des fondations qui lâchent trois ans après réception
  2. Pourquoi la décennale s'applique — la présomption de l'art. 1792
  3. Pourquoi l'assurance du pays d'origine ne joue pas
  4. La double peine : réparation ET sanction pénale
  5. Comment ne jamais subir ce scénario
  6. Questions fréquentes
  7. Sources & références

L’essentiel

Une entreprise étrangère qui ouvre un chantier en France sur sa seule assurance d’origine n’est pas couverte pour un sinistre décennal français. Des fissures traversantes qui menacent la structure engagent sa responsabilité décennale (art. 1792 du Code civil), mais la police du pays d’origine ne répond pas : l’entreprise finance seule la reprise en sous-œuvre, faute de décennale conforme (art. L241-1 du Code des assurances).

Rédigé par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 · Vérifié le 4 juillet 2026

Voici l’un des sinistres les plus lourds qui frappent une entreprise étrangère en France, et l’un des plus évitables. Une entreprise de gros œuvre établie à l’étranger décroche un marché direct auprès d’un maître d’ouvrage français et lance les travaux en s’appuyant sur son assurance construction nationale, jugée « équivalente ». Elle réalise les fondations et les murs porteurs d’un bâtiment. Trois ans après réception, des fissures traversantes apparaissent : la structure est menacée.

Le maître d’ouvrage se retourne contre l’entreprise au titre de la garantie décennale. Et là, tout bascule : la police du pays d’origine ne couvre pas un sinistre décennal au sens du droit français, et l’entreprise n’a jamais souscrit de décennale conforme en France. Elle doit financer seule la reprise en sous-œuvre — environ 88 000 € dans ce cas — sur son propre patrimoine, en plus du risque de sanction pénale. Décortiquons ce sinistre, sa mécanique juridique et la manière de ne jamais le subir.

Le sinistre : des fondations qui lâchent trois ans après réception

Les fondations et les murs porteurs sont le cœur de la solidité d’un bâtiment. Une erreur de dimensionnement, un défaut de portance mal anticipé, une mise en œuvre non conforme du béton ou des armatures, et le désordre ne se révèle pas immédiatement : il travaille lentement. Les fissures traversantes qui apparaissent trois ans après réception ne sont pas des microfissures esthétiques — elles traversent la paroi de part en part et signalent que la structure se déforme.

Ce type de désordre relève sans ambiguïté de la garantie décennale : il compromet la solidité de l’ouvrage. La reprise ne consiste pas à reboucher des fissures, mais à intervenir en sous-œuvre : consolider les fondations défaillantes et reconstruire les ouvrages porteurs atteints. C’est une opération lourde et coûteuse — d’où le montant de 88 000 € pour la seule reprise, hors sanctions.

Pourquoi la décennale s'applique — la présomption de l'art. 1792

L’art. 1792 du Code civil institue une présomption de responsabilité de plein droit du constructeur envers le maître d’ouvrage, pour les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou qui, l’affectant dans un de ses éléments constitutifs, le rendent impropre à sa destination. Des fissures traversantes qui menacent la structure entrent pleinement dans ce champ.

Cette présomption a deux conséquences décisives pour une entreprise étrangère. D’abord, le maître d’ouvrage n’a pas à prouver votre faute : il lui suffit d’établir le désordre et son caractère décennal. Ensuite, la responsabilité pèse sur l’entreprise qui a réalisé l’ouvrage, quel que soit le lieu de son siège : la présomption s’attache à l’ouvrage bâti en France. C’est précisément parce que cette responsabilité est quasi automatique que l’assurance décennale est obligatoire (art. L241-1 du Code des assurances) : elle est censée financer une réparation qui, sinon, retombe intégralement sur l’entreprise.

Pourquoi l'assurance du pays d'origine ne joue pas

L’entreprise pensait être couverte. Sa police nationale prévoyait bien une « garantie construction ». Mais une couverture établie au regard d’un droit étranger n’est pas taillée pour un sinistre décennal français : la définition des dommages, la durée de garantie, le régime de responsabilité diffèrent. L’assureur d’origine peut légitimement estimer que le sinistre, tel qu’il est qualifié par le droit français, n’entre pas dans sa garantie, ou que sa durée est différente.

Le tableau ci-dessous résume ce qui s’est joué dans ce cas.

ÉlémentSituation de l’entrepriseConséquence
Couverture souscriteAssurance construction du pays d’origine uniquementNon conforme au droit français
Décennale françaiseJamais souscriteAucune garantie mobilisable en France
Nature du désordreFissures traversantes menaçant la structureSinistre décennal au sens de l’art. 1792 C. civ.
Prise en chargeNON — 88 000 € à la charge de l’entrepriseReprise en sous-œuvre sur fonds propres

Résultat : l’entreprise supporte seule la reprise en sous-œuvre, sur le patrimoine de la société.

La double peine : réparation ET sanction pénale

Au coût de la réparation s’ajoute un second risque, souvent ignoré. Ouvrir un chantier sans l’assurance décennale obligatoire est un délit. L’art. L243-3 du Code des assurances punit le défaut d’assurance décennale d’une amende pouvant aller jusqu’à 75 000 € et de six mois d’emprisonnement.

L’entreprise étrangère qui a lancé les travaux sur sa seule assurance d’origine cumule donc potentiellement les 88 000 € de reprise et l’exposition à cette sanction pénale. À l’inverse, une décennale conforme mise en place avant l’ouverture aurait pris en charge la reprise en sous-œuvre au titre de la garantie décennale. C’est exactement ce qui se passe pour une entreprise correctement assurée : un défaut d’étanchéité en sous-traitance, par exemple, est pris en charge dès lors que la décennale française est en place.

Comment ne jamais subir ce scénario

La règle est simple : ne jamais partir du principe que votre assurance d’origine « fera l’affaire ». Avant de poser le premier échafaudage sur un chantier français, faites valider votre couverture par un professionnel du droit français.

  • Mettez en place une décennale conforme au droit français, couvrant précisément vos activités de gros œuvre et le chantier visé.
  • Obtenez une attestation reconnue, mentionnant vos activités réelles et couvrant la date d’ouverture du chantier.
  • Déclenchez la souscription avant l’ouverture : la décennale se juge à la date d’ouverture de chantier.

Batirio, courtier français (ORIAS 22001730), met en place cette décennale conforme pour votre intervention en France — ponctuelle ou régulière, en détachement, en sous-traitance ou en marché direct. Pour comprendre le fondement territorial de cette obligation, voyez la règle territoriale de la décennale, et pour éviter le refus d’attestation, ce qu’exige vraiment un donneur d’ordre français.

Questions fréquentes

Elles en relèvent dès qu’elles compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Des fissures traversantes qui menacent la structure entrent dans le champ de la présomption de responsabilité de l’art. 1792 du Code civil. À l’inverse, de simples microfissures esthétiques peuvent relever d’autres garanties. L’appréciation se fait au cas par cas selon la gravité et l’atteinte à l’ouvrage.

En général, non. Une police établie au regard d’un droit étranger n’est pas conçue pour un sinistre décennal français : la définition des dommages, la durée de garantie et le régime de responsabilité diffèrent. L’assureur d’origine peut estimer que le sinistre, tel que le qualifie le droit français, n’entre pas dans sa garantie. Seule une décennale conforme au droit français répond à l’obligation de l’art. L241-1 du Code des assurances.

Non. L’art. 1792 du Code civil institue une présomption de responsabilité de plein droit : il suffit au maître d’ouvrage d’établir le désordre et son caractère décennal, sans avoir à démontrer votre faute. Cette présomption pèse sur l’entreprise qui a réalisé l’ouvrage, quel que soit le lieu de son siège, dès lors que l’ouvrage est bâti en France.

Non, cela ne rattrape rien. La garantie décennale se juge à la date d’ouverture du chantier : elle doit exister avant le démarrage des travaux. Souscrire après l’ouverture, et a fortiori après l’apparition d’un désordre, ne couvre pas un chantier ouvert sans garantie conforme. C’est pourquoi la mise en place doit intervenir avant de poser le premier échafaudage.

Dans le cas décrit, environ 88 000 € pour la seule reprise en sous-œuvre des fondations et la reconstruction des ouvrages porteurs, intégralement à la charge de l’entreprise faute de décennale conforme. S’y ajoute le risque de sanction pénale du défaut d’assurance (art. L243-3 du Code des assurances) : jusqu’à 75 000 € d’amende et 6 mois d’emprisonnement. La conformité en amont coûte infiniment moins cher.

Sources : art. 1792 du Code civil, art. L241-1 du Code des assurances, art. L243-3 du Code des assurances (consultés le 2026-07-04). Loi n° 78-12 du 4 janvier 1978 (loi Spinetta).

Batirio

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