Comprendre la décennale

Sous-traitance et décennale : la responsabilité de l'entreprise générale du bâtiment sur les lots qu'elle confie

Par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 Mis à jour le 4 juillet 2026 9 min de lecture
Sommaire Pourquoi l'entreprise générale répond de l'ouvrage entier, sous-traitance comprise
  1. Pourquoi l'entreprise générale répond de l'ouvrage entier, sous-traitance comprise
  2. Le piège de l'attestation décennale du sous-traitant non conforme
  3. La check-list de contrôle des sous-traitants avant l'ouverture du chantier
  4. Déclarer sa part sous-traitée : la condition d'une couverture solide
  5. Questions fréquentes
  6. Sources & références

L’essentiel

L’entreprise générale du bâtiment, titulaire du marché, répond devant le maître d’ouvrage de l’intégralité de l’ouvrage livré au titre de la garantie décennale (art. 1792 du Code civil), y compris pour les lots confiés à des sous-traitants. Si un sous-traitant n’est pas assuré ou mal assuré, le sinistre remonte sur sa propre décennale (art. L241-1 du Code des assurances). D’où l’obligation de contrôler et d’archiver les attestations.

Rédigé par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 · Vérifié le 4 juillet 2026

Une entreprise générale du bâtiment confie le lot étanchéité à un sous-traitant. Après réception, des infiltrations rendent plusieurs logements impropres à l’habitation. Le maître d’ouvrage met en cause l’entreprise générale — seule signataire du marché — et le sous-traitant se révèle insuffisamment assuré. Résultat : le sinistre remonte intégralement sur la décennale de l’entreprise générale.

Ce mécanisme est le piège le plus mal compris du métier. Sous-traiter un lot ne transfère jamais la responsabilité décennale de l’ouvrage livré. Face au maître d’ouvrage, l’entreprise générale reste le constructeur de l’ensemble. Le contrôle des sous-traitants devient alors un enjeu d’assurance autant que de chantier.

Pourquoi l'entreprise générale répond de l'ouvrage entier, sous-traitance comprise

La responsabilité de l’entreprise générale du bâtiment découle de sa position juridique : elle est le titulaire unique du marché. Le maître d’ouvrage a contracté avec elle, pas avec ses sous-traitants. Au titre de l’article 1792 du Code civil, l’entreprise générale est présumée responsable des dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination — sur l’ensemble de ce qu’elle a livré.

Peu importe, pour le client, que le lot défaillant ait été exécuté par une équipe interne ou par un sous-traitant : c’est l’entreprise générale qui est mise en cause. Elle indemnise, puis exerce un recours contre le sous-traitant fautif et son assureur. Mais ce recours n’a de valeur que si le sous-traitant est effectivement et correctement assuré. Sinon, l’entreprise générale supporte définitivement la charge sur sa propre garantie.

  • L’entreprise générale signe le marché : elle est responsable de l’ouvrage complet.
  • Le maître d’ouvrage la met en cause en premier, sans se soucier de la répartition des lots.
  • Le recours contre le sous-traitant ne fonctionne que s’il est solvable et assuré.

Le piège de l'attestation décennale du sous-traitant non conforme

Beaucoup d’entreprises générales collectent bien une attestation décennale de leurs sous-traitants — mais s’arrêtent à sa simple existence. Or une attestation peut être présente et pourtant inopérante. Deux écueils reviennent constamment :

  • Activité non couverte : le sous-traitant est assuré pour la maçonnerie mais réalise en réalité de l’étanchéité. Son attestation ne couvre pas le lot exécuté, donc son assureur refusera sa garantie.
  • Couverture non active à l’ouverture du chantier : l’attestation date d’un exercice précédent, le contrat a été résilié ou non renouvelé entre-temps. La garantie doit être active à la date d’ouverture du chantier.

Un sous-traitant non assuré, ou assuré pour une activité qui ne correspond pas au lot réalisé, laisse le sinistre remonter intégralement sur votre propre décennale. La vérification ne consiste donc pas à « avoir un papier », mais à vérifier la concordance activité / lot et la validité à la date des travaux.

La check-list de contrôle des sous-traitants avant l'ouverture du chantier

Le contrôle des sous-traitants est un réflexe d’assurance. Voici les points à vérifier et à archiver systématiquement pour chaque lot confié.

Point de contrôleCe que vous vérifiez
Attestation décennale à jourDocument nominatif, exercice en cours, garantie active à l’ouverture du chantier
Concordance activité / lotL’activité assurée correspond exactement au lot confié (étanchéité, électricité, etc.)
Montants et zone géographiquePlafonds cohérents avec la taille du chantier, zone d’intervention couverte
Absence d’exclusions bloquantesTechniques ou procédés du chantier non exclus du contrat du sous-traitant
Archivage datéAttestation conservée dans le dossier du chantier, horodatée

Ce contrôle protège votre décennale : il réduit le risque qu’un sinistre reste à votre charge et documente votre diligence en cas de litige. Les articles L243-2 et L243-3 du Code des assurances encadrent d’ailleurs la justification de ces garanties, que chaque intervenant doit pouvoir présenter.

Déclarer sa part sous-traitée : la condition d'une couverture solide

Votre propre contrat décennale doit refléter la manière dont vous travaillez réellement. Une entreprise générale qui sous-traite une part importante de ses lots ne présente pas le même profil de risque qu’une entreprise qui exécute tout en interne. Sous-déclarer cette part, ou la dissimuler, fragilise la couverture le jour d’un sinistre.

  • Déclarez honnêtement la part de vos travaux confiée en sous-traitance.
  • Distinguez clairement les activités réalisées en propre (gros œuvre, structure, coordination) des lots sous-traités.
  • Signalez la nature de vos marchés (publics/privés) et votre chiffre d’affaires réel.

C’est cette transparence qui garantit qu’une mise en cause — y compris pour un lot sous-traité mal assuré — sera prise en charge sans discussion. Batirio construit la couverture de l’entreprise générale autour de cette réalité : responsabilité globale sur l’ouvrage, part sous-traitée maîtrisée et déclarée.

Questions fréquentes

Non. En tant que titulaire du marché, l’entreprise générale reste responsable devant le maître d’ouvrage de l’ensemble de l’ouvrage livré, lots sous-traités compris (art. 1792 du Code civil). Vous pouvez exercer un recours contre le sous-traitant fautif, mais ce recours suppose qu’il soit effectivement et correctement assuré.

Le sinistre remonte intégralement sur votre propre garantie décennale. Vous indemnisez le maître d’ouvrage, et votre recours contre un sous-traitant non assuré ou insolvable a peu de chances d’aboutir. C’est le scénario le plus coûteux, et le plus évitable par un contrôle rigoureux des attestations.

Non. L’attestation doit couvrir exactement l’activité correspondant au lot confié et être active à la date d’ouverture du chantier. Une attestation présente mais portant sur une autre activité, ou expirée, laisse le risque à votre charge. Vérifiez la concordance activité/lot et la validité, puis archivez le document daté.

Oui. La part sous-traitée fait partie des éléments qui déterminent votre profil de risque et le calibrage de votre contrat. La déclarer honnêtement, aux côtés de vos activités en propre et de votre chiffre d’affaires, est la condition d’une prise en charge sans contestation en cas de sinistre.

L’attestation décennale nominative à jour, mentionnant l’activité couverte et la période de validité, ainsi que la trace de votre vérification, archivée et datée dans le dossier du chantier. Les articles L243-2 et L243-3 du Code des assurances encadrent la justification de ces garanties.

Sources : Code civil, art. 1792 (consulté le 2026-07-04) ; Code des assurances, art. L241-1, art. L243-2 et L243-3 (consultés le 2026-07-04) ; Service-Public — garantie décennale (consulté le 2026-07-04).

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