TRC ou décennale : avant ou après la réception ?
Sommaire Avant la réception : la Tous Risques Chantier
L’essentiel
Choisir entre TRC ou décennale est un faux dilemme : les deux couvrent des temps distincts. La Tous Risques Chantier (TRC) protège l’ouvrage pendant les travaux, jusqu’à la réception, contre les dommages matériels accidentels. La garantie décennale (art. 1792 du Code civil), portée par la RC Décennale du constructeur, couvre après la réception les désordres graves pendant 10 ans. Elles sont complémentaires, pas alternatives.
Rédigé par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 · Vérifié le 4 juillet 2026
La question « TRC ou décennale » revient sans cesse chez les maîtres d’ouvrage comme chez les constructeurs, comme s’il fallait trancher entre deux garanties concurrentes. En réalité, ces assurances ne s’opposent pas : elles se relaient autour d’un même moment charnière, la réception des travaux. Avant, c’est le chantier lui-même qu’il faut protéger ; après, c’est la solidité de l’ouvrage livré.
Comprendre où passe la ligne de partage évite deux erreurs coûteuses : croire qu’une décennale couvre un effondrement en cours de construction, ou penser qu’une TRC protège encore l’ouvrage dix ans après sa livraison. Ce guide détaille ce que chaque garantie couvre, comment elles s’articulent, et comment éviter le trou de couverture autour de la réception.
Avant la réception : la Tous Risques Chantier
Tant que l’ouvrage n’est pas réceptionné, il n’existe juridiquement aucune garantie décennale : celle-ci ne se déclenche qu’à compter de la réception. C’est pendant cette phase — la plus exposée — que la Tous Risques Chantier (TRC) prend tout son sens.
La TRC est une assurance de chose facultative mais fortement recommandée. Elle indemnise les dommages matériels subis par l’ouvrage en construction, quelle qu’en soit l’origine, sauf exclusions contractuelles. Elle couvre notamment :
- les événements naturels : tempête, inondation, foudre, gel ;
- l’incendie, l’explosion et les dégâts des eaux sur le chantier ;
- le vol et le vandalisme de matériaux et d’équipements ;
- les effondrements, erreurs de construction et malfaçons détectés avant la réception.
Son atout majeur : elle joue sans recherche de responsabilité. Si un mur en cours d’élévation s’effondre après une tempête, la TRC finance la remise en état sans attendre qu’on désigne un fautif, ce qui évite l’arrêt du chantier. À ce stade, la décennale ne peut rien : l’ouvrage n’est pas encore reçu.
Après la réception : la garantie décennale
La réception des travaux est l’acte par lequel le maître d’ouvrage accepte l’ouvrage, avec ou sans réserves (art. 1792-6 du Code civil). Elle fait basculer les responsabilités et déclenche les garanties légales : parfait achèvement (1 an), bon fonctionnement (2 ans) et surtout garantie décennale (10 ans).
La garantie décennale, issue des articles 1792 et suivants du Code civil, engage la responsabilité du constructeur pour les désordres qui, après réception :
- compromettent la solidité de l’ouvrage (fissures structurelles, affaissement de fondations, défaut affectant le gros œuvre) ;
- le rendent impropre à sa destination (infiltrations rendant un logement inhabitable, défaut d’étanchéité de la toiture, défaillance d’un élément d’équipement indissociable).
Cette responsabilité est présumée : le maître d’ouvrage n’a pas à prouver la faute du constructeur. Pour la garantir, tout professionnel réalisant des travaux de construction doit souscrire une assurance RC Décennale avant l’ouverture du chantier (art. L241-1 du Code des assurances). C’est cette police qui indemnise, dix ans durant, les désordres relevant de la faute de l’entreprise.
Le chevauchement autour de la réception
La frontière entre TRC et décennale n’est pas une simple date sur un calendrier : c’est un point de bascule juridique. Un même désordre n’appellera pas la même garantie selon qu’il est constaté avant ou après la réception.
- Fissure détectée avant réception — elle relève de la responsabilité contractuelle de l’entreprise et, selon les cas, de la TRC. La décennale ne s’applique pas encore.
- Même fissure révélée après réception — si elle compromet la solidité, elle relève de la garantie décennale du constructeur.
Le risque réel, c’est le trou de couverture : une TRC qui s’arrête à la réception, une décennale qui ne démarre qu’à la réception, et entre les deux des vices apparents non réservés. C’est pourquoi la période de maintenance de la TRC (souvent 12 mois après réception) et la Dommages-Ouvrage (DO), qui préfinance les désordres décennaux, jouent un rôle de raccord. Il ne faut pas confondre ces trois mécanismes : ils couvrent des acteurs et des logiques différents.
À noter enfin que la TRC et la décennale ne protègent pas les mêmes personnes : la TRC bénéficie au maître d’ouvrage (et aux intervenants selon le contrat), tandis que la décennale couvre la responsabilité du constructeur au profit du maître d’ouvrage et des propriétaires successifs.
Tableau : TRC face à la garantie décennale
Le tableau ci-dessous met en regard les deux garanties, de part et d’autre de la réception :
| Critère | Tous Risques Chantier (TRC) | Garantie décennale (RC Décennale) |
|---|---|---|
| Période couverte | Pendant les travaux, jusqu’à la réception (+ maintenance) | 10 ans à compter de la réception |
| Nature | Assurance de chose (protège l’ouvrage) | Assurance de responsabilité (couvre le constructeur) |
| Souscripteur | Le maître d’ouvrage | Chaque entreprise intervenant sur le chantier |
| Risque couvert | Dommages matériels accidentels sur le chantier | Désordres compromettant solidité ou destination |
| Recherche de responsabilité | Non | Oui (responsabilité présumée du constructeur) |
| Caractère | Facultative (fortement conseillée) | Obligatoire (art. L241-1 Code des assurances) |
| Base légale | Liberté contractuelle | Art. 1792 et s. du Code civil (loi Spinetta) |
Retenez la logique : la TRC répare vite le chantier accidenté, la décennale répond des vices graves de l’ouvrage livré. L’une protège un bien en cours de fabrication, l’autre engage une responsabilité sur dix ans.
Bien articuler les deux garanties
Puisque TRC et décennale ne se substituent pas l’une à l’autre, la bonne question n’est pas « laquelle choisir », mais « comment les articuler pour ne laisser aucune période à découvert ». Quelques repères pratiques :
- Souscrire avant l’ouverture du chantier — la RC Décennale des entreprises comme la TRC du maître d’ouvrage doivent être en place avant la première intervention. Une souscription tardive expose à des refus de garantie sur les désordres antérieurs.
- Vérifier les attestations décennales — le maître d’ouvrage doit exiger l’attestation d’assurance décennale de chaque intervenant, valable pour l’année d’ouverture du chantier et pour l’activité réellement exercée.
- Prévoir la maintenance TRC — l’extension de maintenance couvre les dommages survenant peu après la réception, comblant le délai avant la pleine efficacité des garanties post-réception.
- Compléter par la Dommages-Ouvrage — obligatoire pour le maître d’ouvrage (art. L242-1 du Code des assurances), la DO préfinance les réparations décennales sans attendre un procès, en amont du recours contre l’assureur décennal du responsable.
Pour un chantier ambitieux, cet empilement (TRC + maintenance + DO + décennales des intervenants) assure une continuité de couverture, du premier coup de pelle jusqu’à la dixième année. Un courtier spécialisé en assurance construction, tel que Batirio (ORIAS n° 22001730), aide à cadrer chaque garantie selon la nature de l’ouvrage, son montant et les intervenants.
Questions fréquentes
Non. La garantie décennale ne se déclenche qu’à compter de la réception des travaux (art. 1792 du Code civil). Un effondrement ou une malfaçon détectés avant la réception relèvent de la responsabilité de l’entreprise et, selon les cas, de la Tous Risques Chantier.
Non, ce n’est pas un choix : les deux garanties couvrent des périodes différentes. La TRC protège le chantier avant la réception, la décennale la responsabilité du constructeur pendant 10 ans après. Elles sont complémentaires et se relaient autour de la réception.
La Tous Risques Chantier est souscrite par le maître d’ouvrage pour protéger son chantier. L’assurance RC Décennale est souscrite par chaque entreprise intervenant sur le chantier, pour couvrir sa propre responsabilité en cas de désordre grave après réception.
La réception marque à la fois la fin de la TRC et le début des garanties post-réception. Pour éviter tout trou de couverture, la TRC prévoit souvent une période de maintenance, et la Dommages-Ouvrage préfinance rapidement les désordres décennaux.
Non. L’assurance RC Décennale est obligatoire pour les constructeurs (art. L241-1 du Code des assurances). La Tous Risques Chantier reste facultative, mais elle est fortement recommandée pour tout chantier d’ampleur, car aucune décennale ne couvre la phase travaux.
Non. La Dommages-Ouvrage, souscrite par le maître d’ouvrage, préfinance vite les réparations décennales, puis se retourne contre l’assureur décennal du constructeur responsable. La décennale, elle, couvre la responsabilité de ce constructeur. Les deux fonctionnent ensemble.
Sources : Code civil, art. 1792 (responsabilité décennale) ; Code civil, art. 1792-6 (réception des travaux) ; Code des assurances, art. L241-1 (assurance décennale obligatoire) ; Code des assurances, art. L242-1 (Dommages-Ouvrage) ; service-public.fr — Garantie décennale (consulté le 2026-07-04).
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