Comprendre la décennale

Prescription décennale : quand vos garanties s'arrêtent-elles ?

Par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 Mis à jour le 4 juillet 2026 8 min de lecture
Sommaire Le délai de 10 ans : ce que couvre la prescription décennale
  1. Le délai de 10 ans : ce que couvre la prescription décennale
  2. Le point de départ : la réception des travaux
  3. Interruption et suspension : ce qui prolonge le délai
  4. Différence avec la prescription biennale
  5. Questions fréquentes
  6. Sources & références

L’essentiel

La prescription décennale est un délai de dix ans, prévu à l’article 1792-4-1 du Code civil, qui court à compter de la réception des travaux. Passé ce délai, le maître d’ouvrage ne peut plus agir contre le constructeur sur le fondement de la garantie décennale de l’article 1792. Ce délai peut toutefois être interrompu (assignation en justice, référé-expertise) ou suspendu, ce qui repousse son terme.

Rédigé par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 · Vérifié le 4 juillet 2026

La prescription décennale est le délai de dix ans au terme duquel la garantie décennale d’un constructeur cesse de pouvoir être mise en jeu. C’est un repère essentiel : tant qu’il court, un artisan ou une entreprise du bâtiment reste exposé à une action pour les désordres graves affectant l’ouvrage ; une fois écoulé, l’action du maître d’ouvrage est éteinte. Encore faut-il savoir précisément quand ce délai commence, et ce qui peut le prolonger.

Point de départ fixé à la réception, causes d’interruption qui remettent le compteur à zéro, suspension qui met le chrono en pause, et confusion fréquente avec la prescription biennale de deux ans : ce guide fait le tour des règles qui déterminent, année après année, jusqu’à quand vous restez responsable. Une lecture utile pour tout professionnel comme pour le maître d’ouvrage qui veut agir avant qu’il ne soit trop tard.

Le délai de 10 ans : ce que couvre la prescription décennale

La prescription décennale correspond à la durée pendant laquelle la responsabilité décennale d’un constructeur peut être engagée. Elle est de dix ans et repose sur deux articles complémentaires du Code civil :

  • L’article 1792 définit la garantie décennale : le constructeur est responsable de plein droit des dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination.
  • L’article 1792-4-1 fixe la durée : « toute personne… est déchargée des responsabilités et garanties… à l’expiration d’un délai de dix ans à compter de la réception des travaux ».

Ce délai est à la fois un délai de garantie (la couverture existe pendant dix ans) et un délai d’épreuve (au-delà, la responsabilité s’éteint). Concrètement, un désordre de nature décennale qui se révèle la neuvième année reste couvert ; le même désordre apparaissant la onzième année ne l’est plus.

Attention à ne pas confondre deux notions distinctes :

  • La garantie décennale légale dure dix ans après la réception. C’est la période pendant laquelle le maître d’ouvrage peut invoquer la responsabilité de l’entreprise.
  • Le contrat d’assurance décennale couvre les chantiers ouverts pendant la période de validité du contrat, et l’assureur reste tenu pendant toute la durée de la responsabilité décennale, même si le contrat a été résilié entre-temps (art. L241-1 du Code des assurances).

Autrement dit, arrêter de payer sa décennale ne fait pas disparaître l’exposition sur les chantiers déjà réceptionnés : la responsabilité, elle, continue de courir dix ans.

Le point de départ : la réception des travaux

Le délai de dix ans ne démarre pas à la signature du devis, ni à la fin du chantier, mais à la réception des travaux. La réception est définie par l’article 1792-6 du Code civil comme « l’acte par lequel le maître de l’ouvrage déclare accepter l’ouvrage avec ou sans réserves ». C’est l’événement pivot de toute la mécanique décennale.

Trois formes de réception sont admises :

  • La réception expresse : un procès-verbal daté et signé par le maître d’ouvrage et l’entreprise. C’est la forme la plus sûre, car elle fixe une date certaine.
  • La réception tacite : elle résulte d’un comportement non équivoque du maître d’ouvrage (prise de possession des lieux, paiement du solde des travaux). La jurisprudence l’admet mais la date en est plus difficile à prouver.
  • La réception judiciaire : prononcée par un juge lorsque l’ouvrage est en état d’être reçu et que le maître d’ouvrage la refuse abusivement.

La date de réception est donc déterminante : c’est elle qui fixe le jour où le compteur des dix ans commence à tourner. Sans réception, les garanties légales — dont la décennale — ne se déclenchent pas. D’où l’intérêt, pour chacun, d’un procès-verbal écrit et daté : il protège le maître d’ouvrage (qui sait jusqu’à quand agir) autant que l’entreprise (qui connaît la date exacte de fin de son exposition).

Exemple. Une maison réceptionnée le 15 mai 2026 est couverte par la décennale jusqu’au 15 mai 2036. Un affaissement de dallage constaté en avril 2036 relève encore de la garantie ; le même désordre découvert en juin 2036 ne peut plus, en principe, être invoqué.

Interruption et suspension : ce qui prolonge le délai

Le délai de dix ans n’est pas toujours figé. Deux mécanismes du droit commun de la prescription — l’interruption et la suspension — peuvent en modifier le cours. Il ne faut pas les confondre, car leurs effets diffèrent.

L’interruption efface le délai déjà écoulé : un nouveau délai recommence à courir. Les principales causes d’interruption sont prévues aux articles 2240 à 2244 du Code civil :

  • une assignation en justice, même en référé (art. 2241), y compris une action en référé-expertise ;
  • une reconnaissance de responsabilité par le débiteur (art. 2240) ;
  • une mesure d’exécution forcée (art. 2244).

La désignation d’un expert judiciaire est un levier fréquent : elle interrompt la prescription et laisse le temps de chiffrer le préjudice avant d’agir au fond.

La suspension met simplement le compteur en pause, sans effacer le temps déjà écoulé : une fois la cause disparue, le délai reprend là où il s’était arrêté. C’est notamment le cas :

  • pendant une mesure d’instruction ordonnée avant tout procès (art. 2239), la prescription est suspendue jusqu’au dépôt du rapport d’expertise ;
  • en cas de recours à la médiation ou à la conciliation (art. 2238).
MécanismeEffet sur le délaiExemple
InterruptionEfface le temps écoulé, un nouveau délai repartAssignation en justice, référé-expertise
SuspensionMet le délai en pause, il reprend ensuiteExpertise ordonnée avant procès, médiation

Ces règles expliquent qu’une action puisse aboutir au-delà de la dixième année « calendaire » suivant la réception : ce qui compte, c’est que la demande initiale (l’assignation ou la mesure d’expertise) soit intervenue avant l’expiration du délai décennal.

Différence avec la prescription biennale

La prescription décennale est souvent confondue avec la prescription biennale. Ce sont deux délais différents, qui ne visent ni les mêmes désordres, ni la même durée.

La garantie de bon fonctionnement, dite biennale, est prévue à l’article 1792-3 du Code civil. Elle dure deux ans minimum à compter de la réception et couvre les éléments d’équipement dissociables de l’ouvrage — c’est-à-dire ceux que l’on peut démonter ou remplacer sans détériorer le gros œuvre : volets, radiateurs, robinetterie, portes intérieures, interphone, etc.

Il ne faut pas non plus la mélanger avec un troisième délai de deux ans, propre au droit des assurances : selon l’article L114-1 du Code des assurances, toutes les actions dérivant d’un contrat d’assurance se prescrivent par deux ans. Ce délai régit les rapports entre l’assuré et son assureur, pas la responsabilité du constructeur envers le maître d’ouvrage.

  • Garantie de parfait achèvement : 1 an après la réception (art. 1792-6), pour tous les désordres signalés.
  • Garantie biennale de bon fonctionnement : 2 ans après la réception (art. 1792-3), pour les équipements dissociables.
  • Garantie décennale : 10 ans après la réception (art. 1792 et 1792-4-1), pour les dommages graves à l’ouvrage.
GarantieDuréeArticleCe qu’elle couvre
Parfait achèvement1 an1792-6Tous désordres signalés à la réception ou dans l’année
Bon fonctionnement (biennale)2 ans1792-3Éléments d’équipement dissociables
Décennale10 ans1792 / 1792-4-1Solidité de l’ouvrage ou impropriété à destination

Un même sinistre peut donc relever de délais différents selon sa nature. Une infiltration qui rend un logement inhabitable est de nature décennale ; une panne de volet roulant motorisé relève, elle, de la biennale. Bien qualifier le désordre, c’est savoir sur quelle garantie s’appuyer — et avant quelle échéance agir.

Questions fréquentes

Elle est de dix ans à compter de la réception des travaux (art. 1792-4-1 du Code civil). Passé ce délai, la responsabilité décennale du constructeur ne peut plus être engagée sur le fondement de l’article 1792.

À compter de la réception des travaux, c’est-à-dire de l’acte par lequel le maître d’ouvrage déclare accepter l’ouvrage avec ou sans réserves (art. 1792-6). La date du procès-verbal de réception fixe le point de départ.

En principe non, sauf si le délai a été interrompu ou suspendu avant son expiration. Une assignation en justice, un référé-expertise ou une mesure d’instruction engagés avant la dixième année permettent d’agir au-delà de l’échéance calendaire.

La décennale dure dix ans et couvre les dommages graves affectant l’ouvrage (art. 1792). La biennale dure deux ans et couvre les éléments d’équipement dissociables comme les volets ou la robinetterie (art. 1792-3).

Une assignation en justice même en référé (art. 2241), une reconnaissance de responsabilité du constructeur (art. 2240) ou une mesure d’exécution forcée (art. 2244). L’interruption efface le temps écoulé et fait repartir un nouveau délai.

Non. La responsabilité décennale court dix ans après la réception, indépendamment du contrat. L’assureur reste tenu pour les chantiers ouverts pendant la validité du contrat, même après résiliation (art. L241-1 du Code des assurances).

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