Sinistres & jurisprudence

Incendie de charpente et distance de sécurité au bois : la décennale de l'installateur de poêles à granulés

Par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 Mis à jour le 4 juillet 2026 7 min de lecture
Sommaire Le conduit de fumée est un ouvrage : la décennale s'applique
  1. Le conduit de fumée est un ouvrage : la décennale s'applique
  2. La distance de sécurité au bois : le geste qui fait tout basculer
  3. Sinistre type : 180 000 € de toiture et charpente détruites
  4. Se protéger : traçabilité et couverture avant chantier
  5. Questions fréquentes
  6. Sources & références

L’essentiel

Un incendie provoqué par un conduit de fumée trop proche du bois de charpente engage la garantie décennale de l’installateur de poêles à granulés. Le conduit intégré au bâti est un ouvrage : un défaut de distance de sécurité au bois (DTU 24.1) rendant le logement dangereux relève de l’article 1792 du Code civil. Cette assurance est obligatoire (art. L241-1 du Code des assurances) et doit exister avant l’ouverture du chantier.

Rédigé par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 · Vérifié le 4 juillet 2026

C’est le sinistre le plus redouté du métier : plusieurs semaines après la pose, la charpente s’échauffe au contact d’un conduit trop proche du bois, puis prend feu. Toiture, combles, étage : la facture atteint vite 150 000 à 200 000 €. Pour un installateur de poêles à granulés, l’incendie de charpente par non-respect de la distance de sécurité au bois est un cas d’école de la garantie décennale.

Comprendre pourquoi ce désordre engage votre responsabilité de constructeur — et non une simple RC — vous aide à sécuriser vos poses et à choisir la bonne couverture. Batirio (courtier ORIAS 22001730), décrypte le mécanisme juridique et technique de ce sinistre.

Le conduit de fumée est un ouvrage : la décennale s'applique

Quand un incendie naît d’un conduit de fumée que vous avez posé, la question n’est pas de savoir si vous êtes responsable, mais au titre de quelle garantie. La réponse tient à la nature du conduit intégré au bâti.

Un conduit qui traverse murs, planchers et toiture est incorporé au gros œuvre : il ne peut être déposé sans détériorer le bâtiment. La jurisprudence le qualifie d’ouvrage. Dès lors, un défaut qui compromet la solidité ou rend le logement impropre à sa destination — un risque d’incendie en fait partie — relève de l’article 1792 du Code civil et de la garantie décennale. À l’inverse, le poêle lui-même, dissociable et remplaçable sans démolition, relève de la garantie de bon fonctionnement (art. 1792-3).

Concrètement, l’incendie de charpente causé par un conduit mal implanté n’est pas un simple dommage accidentel : c’est un désordre décennal, avec toutes les conséquences que cela emporte en matière de présomption de responsabilité.

La distance de sécurité au bois : le geste qui fait tout basculer

Au cœur de ce sinistre, il y a une valeur technique : la distance de sécurité entre le conduit et tout matériau combustible. Le DTU 24.1 (norme NF DTU 24.1) fixe les règles de mise en œuvre des conduits de fumée. À la traversée d’un plancher bois ou dans les combles, un écart au feu insuffisant laisse la chaleur rayonnée échauffer lentement la charpente.

Le danger est sournois : la structure ne s’enflamme pas le jour de la pose. Elle sèche, se dégrade et s’auto-échauffe sur plusieurs semaines de chauffe, jusqu’au point d’inflammation. Quand le feu se déclare, l’installation fonctionnait « normalement » depuis le début — ce qui n’exonère en rien l’installateur.

Les points de vigilance récurrents :

  • Écart au feu non respecté à la traversée de plancher ou de toiture
  • Absence ou mauvaise pose du fourreau de traversée et du coffrage ventilé
  • Isolant combustible en contact ou trop proche du conduit dans les combles
  • Conduit sous-dimensionné ou de classe de température inadaptée au poêle

Sinistre type : 180 000 € de toiture et charpente détruites

Un installateur pose un poêle à bois avec création d’un conduit inox traversant les combles. À la traversée de plancher, la distance de sécurité au bois de la charpente n’est pas respectée. Après plusieurs semaines de chauffe, la structure s’échauffe et prend feu ; la toiture et une partie de l’étage sont détruites.

Le coût de reconstruction — toiture, charpente, étage sinistré, hors relogement des occupants — atteint 180 000 €. Le désordre est pris en charge : le conduit intégré au bâti est un ouvrage relevant de la garantie décennale (art. 1792 et 1792-2 du Code civil).

Sans décennale valide au moment de l’ouverture du chantier, l’installateur aurait supporté cette somme sur son patrimoine personnel. C’est précisément ce que l’obligation d’assurance de l’article L241-1 du Code des assurances vise à éviter.

Se protéger : traçabilité et couverture avant chantier

Face à un sinistre décennal, la présomption de responsabilité pèse sur le constructeur. Votre meilleure défense — et votre meilleure prévention — repose sur deux piliers.

La traçabilité technique. Conservez le compte rendu de ramonage préalable, la note de dimensionnement du conduit, les références des matériaux (classe de température, distance de sécurité constructeur) et les photos des traversées. Ces pièces prouvent que vous avez appliqué le DTU 24.1 et cadrent les responsabilités en cas de litige.

La couverture au bon moment. L’article L243-2 du Code des assurances impose de justifier de votre garantie décennale dès l’ouverture du chantier. Un poêle allumé sans décennale, c’est un patrimoine exposé à six chiffres. Batirio construit votre RC Décennale autour des risques réels de votre métier : conduits, tubages, traversées de toiture et incendie.

Questions fréquentes

Oui, lorsque le conduit est intégré au bâti. Un incendie né d’un conduit mal implanté ou d’une distance de sécurité au bois non respectée engage la garantie décennale de l’installateur (art. 1792 du Code civil), car le conduit est un ouvrage et le désordre rend le logement dangereux et impropre à sa destination.

Elle dépend du conduit et de sa classe de température, selon le DTU 24.1 (NF DTU 24.1) et les préconisations du fabricant. À chaque traversée de plancher ou de toiture, un écart au feu et un dispositif de traversée conformes doivent séparer le conduit de tout matériau combustible, notamment la charpente et l’isolant.

Oui. Un échauffement progressif de la charpente qui débouche sur un incendie après plusieurs semaines de chauffe reste imputable au défaut de pose. Le fait que l’installation ait « fonctionné » un temps n’exonère pas l’installateur ; le désordre relève de la garantie décennale.

Le compte rendu de ramonage préalable, la note de dimensionnement du conduit, les références et fiches techniques des matériaux (classe de température, distances constructeur), l’attestation de conformité et des photos des traversées. Cette traçabilité prouve le respect du DTU 24.1 et cadre les responsabilités.

Sources : Article 1792 du Code civil (consulté le 2026-07-04). Article 1792-2 du Code civil (consulté le 2026-07-04). Article L241-1 du Code des assurances (consulté le 2026-07-04). Article L243-2 du Code des assurances (consulté le 2026-07-04).

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