Comprendre la décennale

Géothermie ou puits : ce que le foreur puisatier doit déclarer à son assureur

Par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 Mis à jour le 4 juillet 2026 8 min de lecture
Sommaire Puits, captage, géothermie : trois ouvrages, trois expositions
  1. Puits, captage, géothermie : trois ouvrages, trois expositions
  2. Le forage géothermique : une activité à déclarer expressément
  3. Un cas type et son verdict
  4. Ce que dit le Code des assurances sur la déclaration
  5. Le tableau de la déclaration : ce qui change le risque
  6. Questions fréquentes
  7. Sources & références

L’essentiel

Le foreur puisatier doit déclarer à son assureur chaque technique réellement exercée : un forage géothermique, qui traverse plusieurs terrains et peut mettre des nappes en communication, n’a pas la même exposition qu’un simple puits d’arrosage. Un foreur déclaré uniquement pour des puits mais qui réalise des sondes géothermiques s’expose à un refus de garantie (art. L113-2 et L113-8 du Code des assurances) sur cette activité non déclarée.

Rédigé par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 · Vérifié le 4 juillet 2026

Sur le papier, un foreur puisatier « perce des trous ». Dans la réalité, un puits d’arrosage, un captage d’eau potable et une sonde géothermique verticale sont trois ouvrages radicalement différents : profondeur, terrains traversés, réglementation, risque de mise en communication de nappes, incorporation à une installation de chauffage. Chacun porte sa propre sinistralité.

C’est précisément là que se joue l’un des pièges assurantiels les plus fréquents de la profession : la déclaration d’activité. Un contrat décennale ne couvre que les activités déclarées. Un foreur qui a souscrit « forage de puits » puis se met à réaliser des sondes géothermiques sans le signaler pense être assuré — il ne l’est pas sur cette nouvelle activité. Comprendre ce qui distingue ces techniques et savoir quoi déclarer évite le pire des scénarios : un sinistre lourd non garanti.

Puits, captage, géothermie : trois ouvrages, trois expositions

Les activités du foreur puisatier ne se valent pas au regard du risque :

  • Puits traditionnel ou forage d’arrosage : ouvrage souvent superficiel, à usage domestique ou agricole. Exposition la plus faible, sauf risque d’affaissement de terrain lors du fonçage.
  • Captage d’eau destinée à l’alimentation : enjeu majeur de protection de la nappe. Un cuvelage défaillant peut faire communiquer une nappe polluée avec la nappe exploitée — risque de pollution lourd.
  • Sonde géothermique verticale : le forage descend profond, traverse plusieurs terrains, peut mettre des nappes en communication, et relève d’une réglementation propre. La sonde est reliée à une pompe à chaleur, donc incorporée à une installation de chauffage : son défaut peut rendre le chauffage de la maison impropre à sa destination.

Trois techniques, trois profils de risque distincts. Un contrat qui n’en couvre qu’un ne protège pas les autres.

Le forage géothermique : une activité à déclarer expressément

La sonde géothermique concentre les raisons de la déclarer à part :

  • elle traverse plusieurs formations et peut mettre des nappes en communication, avec un risque environnemental spécifique ;
  • elle relève d’une réglementation propre (déclaration ou autorisation selon la profondeur et le débit) ;
  • elle est incorporée à un ouvrage bâti — la pompe à chaleur qui chauffe l’habitation — ce qui l’inscrit pleinement dans le champ décennal.

Un forage géothermique déstabilisé qui rend l’installation de chauffage inexploitable est un désordre décennal caractérisé. Mais si l’activité « forages géothermiques » n’est pas déclarée au contrat, l’assureur peut opposer un refus de garantie. La règle est simple : chaque technique réellement exercée doit figurer au contrat.

Un cas type et son verdict

Sur une maison individuelle équipée d’une pompe à chaleur, une sonde géothermique verticale est posée sans tubage adapté aux terrains instables traversés. Le forage s’effondre partiellement, comprime la sonde et rend l’installation géothermique inexploitable. Le chauffage relié à l’ouvrage devient impropre à sa destination. Il faut abandonner et reboucher le forage, en réaliser un nouveau à proximité et reprendre le raccordement de la pompe à chaleur.

Coût du sinistre : environ 58 000 €.

Verdict : désordre rendant l’ouvrage impropre à sa destination, présomption de responsabilité décennale (art. 1792 du Code civil). Pris en charge — à condition que l’activité géothermie ait été déclarée. Un foreur assuré seulement pour des puits aurait vu ce sinistre de 58 000 € potentiellement écarté comme activité non garantie.

Ce que dit le Code des assurances sur la déclaration

Le contrat d’assurance repose sur les déclarations de l’assuré. L’article L113-2 du Code des assurances impose de déclarer exactement le risque et de signaler en cours de contrat toute aggravation ou évolution qui en modifie l’appréciation. À défaut, l’article L113-8 sanctionne la fausse déclaration intentionnelle par la nullité du contrat, et l’article L113-9 réduit l’indemnité en cas d’omission non intentionnelle (règle proportionnelle).

Pour le foreur, la conséquence est directe : passer à la géothermie, aux forages profonds, aux ouvrages en zone de captage protégée ou à de nouvelles techniques de fonçage modifie le risque et doit être signalé. Une activité non déclarée, c’est une activité non garantie — quel que soit le montant du sinistre.

Le tableau de la déclaration : ce qui change le risque

ActivitéEnjeu principalÀ déclarer expressément ?
Puits / forage d’arrosageAffaissement de terrain au fonçageOui (activité de base)
Captage eau potablePollution de nappe (cuvelage)Oui — exposition majeure
Sonde géothermique verticaleCommunication de nappes + PAC incorporéeOui — impérativement
Drainage / rabattement de nappeDéstabilisation d’ouvrages voisinsOui
Réhabilitation de forages existantsAggravation d’un désordre préexistantOui

À chaque évolution du périmètre d’activité, un simple signalement à Batirio met la garantie à jour et évite le refus.

Questions fréquentes

Oui. Un forage géothermique traverse plusieurs terrains, peut mettre des nappes en communication et relève d’une réglementation propre. Sa sinistralité n’est pas celle d’un puits d’arrosage. Un foreur déclaré uniquement pour des puits mais qui réalise des sondes géothermiques s’expose à un refus de garantie sur cette activité non déclarée.

L’assureur peut refuser sa garantie sur cette activité. Selon l’article L113-8 du Code des assurances, une fausse déclaration intentionnelle entraîne la nullité du contrat ; l’article L113-9 prévoit une réduction proportionnelle de l’indemnité en cas d’omission non intentionnelle. Dans tous les cas, l’activité non déclarée n’est pas couverte comme prévu.

Oui. La sonde est reliée à une pompe à chaleur qui chauffe l’habitation : elle est incorporée à un ouvrage bâti. Un forage géothermique effondré qui rend le chauffage inexploitable est un désordre rendant l’ouvrage impropre à sa destination, soumis à la présomption décennale de l’article 1792 du Code civil.

Oui. Passage à la géothermie, forages profonds, ouvrages en zone de captage protégée, nouvelles techniques de fonçage : toute évolution du périmètre modifie le risque au sens de l’article L113-2 du Code des assurances et doit être signalée pour maintenir la garantie à jour.

Non. Un puits d’arrosage a une exposition limitée, alors qu’un captage destiné à l’alimentation soulève un enjeu majeur de protection de la nappe : un cuvelage défaillant peut contaminer la ressource. Les deux activités doivent être déclarées distinctement pour être correctement garanties.

Sources : Article L113-2 du Code des assurances (consulté le 2026-07-04). Article L113-8 du Code des assurances (consulté le 2026-07-04). Article L241-1 du Code des assurances (consulté le 2026-07-04). Article 1792 du Code civil (consulté le 2026-07-04).

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