Comprendre la décennale

Forage géothermique : l'activité à déclarer à part sur votre décennale

Par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 Mis à jour le 4 juillet 2026 8 min de lecture
Sommaire Le forage géothermique, un geste à risques propres
  1. Le forage géothermique, un geste à risques propres
  2. Pourquoi le forage relève de la décennale
  3. Déclarer le forage : la faille qui coûte cher
  4. Forer soi-même ou sous-traiter : ce qui change pour votre garantie
  5. Questions fréquentes
  6. Sources & références

L’essentiel

Le forage géothermique est une activité à déclarer expressément sur votre assurance décennale : il touche le sous-sol et comporte des risques propres (venue d’eau, effondrement de puits, atteinte à une nappe, sonde mal scellée). Un sinistre sur une activité non déclarée peut être refusé. La décennale s’applique quand le désordre rend l’installation impropre à sa destination (art. 1792-2 du Code civil ; obligation posée par l’art. L241-1 du Code des assurances).

Rédigé par Sami Hami · Courtier ORIAS n° 22001730 · Vérifié le 4 juillet 2026

Chez le géothermicien, tout ne se vaut pas au regard de l’assurance. Poser une pompe à chaleur ou tirer un plancher chauffant relève d’un savoir-faire de chauffagiste. Mais forer à plusieurs dizaines de mètres pour y sceller une sonde verticale, c’est un tout autre métier : on entre dans le sous-sol, on croise des nappes, on manipule un puits qui peut s’effondrer. Ce geste comporte des risques propres, distincts de ceux du chauffage.

C’est pourquoi le forage géothermique doit être déclaré comme une activité à part entière sur votre contrat décennale. Trop d’installateurs déclarent « géothermie » de façon vague, en pensant que le forage est inclus. Le jour du sinistre, l’assureur vérifie si l’activité précise en cause figure bien au contrat. Ce guide détaille les risques spécifiques du forage, ce que couvre la décennale et comment verrouiller votre déclaration.

Le forage géothermique, un geste à risques propres

Le forage n’est pas un simple trou : c’est une intervention dans un milieu que l’on ne voit pas et que l’on maîtrise mal. Ses risques sont d’une nature différente de ceux de la pose en surface :

  • Venue d’eau : le puits traverse une nappe, l’eau remonte et déstabilise le forage ou l’ouvrage voisin ;
  • Effondrement ou fissuration du puits : les parois cèdent, la sonde ne peut plus être scellée correctement ;
  • Atteinte à une nappe phréatique : un forage mal tubé peut mettre en communication deux nappes ou polluer la ressource ;
  • Sonde mal scellée : un scellement défaillant crée un chemin d’eau et compromet durablement le captage.

Ces désordres peuvent engager de lourdes reprises — reforer, abandonner un puits, traiter une pollution — et mettre en jeu votre responsabilité bien au-delà du simple confort de chauffage.

Pourquoi le forage relève de la décennale

Un forage équipé de sa sonde est, par nature, indissociable du terrain et du bâti : on ne le retire pas sans le détruire. Il entre donc dans le champ des éléments d’équipement indissociables couverts par la décennale (art. 1792-2 du Code civil), dès lors qu’un désordre compromet l’installation ou rend le bâtiment impropre à sa destination (art. 1792 du Code civil).

Concrètement, si un forage défaillant prive la maison de chauffage — sonde mal scellée, puits effondré, fuite de fluide caloporteur au fond du forage — la reprise impose de traiter le forage lui-même, et le désordre relève de la garantie décennale. Le régime d’assurance obligatoire découle de l’article L241-1 du Code des assurances et de la loi Spinetta de 1978, qui vise tout intervenant à l’acte de construire.

À l’inverse, la pompe à chaleur, si elle se dépose sans dommage pour le bâti, peut relever de la garantie de bon fonctionnement (art. 1792-3 du Code civil, deux ans). D’où l’intérêt d’une couverture qui articule correctement ces régimes, comme le rappelle notre FAQ assurance construction.

Déclarer le forage : la faille qui coûte cher

La déclaration d’activités est le socle de votre garantie. Un contrat qui mentionne « installation géothermique » sans détailler le forage laisse une zone grise : l’assureur peut soutenir que le forage — activité à risque particulier — n’était pas couvert.

Pour éviter le refus de prise en charge, faites figurer expressément dans vos activités déclarées :

  • le forage géothermique et la réalisation de puits pour sondes verticales ;
  • la pose et le scellement des sondes verticales ;
  • le dimensionnement du champ de captage ;
  • le réseau enterré et le plancher chauffant, également indissociables.

Si vous sous-traitez le forage à un foreur spécialisé, clarifiez qui porte la responsabilité et vérifiez sa propre décennale. Si vous forez vous-même ou pilotez le foreur, déclarez-le sans ambiguïté. Une déclaration exhaustive vaut toujours mieux qu’une exclusion découverte au moment du sinistre.

Forer soi-même ou sous-traiter : ce qui change pour votre garantie

Deux configurations coexistent sur le marché, avec des conséquences assurantielles distinctes.

Vous réalisez le forage vous-même : l’activité doit impérativement figurer à votre contrat, car vous engagez directement votre responsabilité décennale sur cet ouvrage. Le tarif de votre décennale tient compte de ce risque supplémentaire — c’est normal et cela vous protège.

Vous confiez le forage à un foreur : exigez son attestation décennale mentionnant l’activité de forage, et conservez-la. Vous restez toutefois tenu vis-à-vis du maître d’ouvrage sur l’ensemble de l’installation ; d’où l’importance de tracer les responsabilités par écrit (contrat de sous-traitance, réception). Pour anticiper les désordres les plus lourds liés au captage, lisez aussi notre guide sur le champ de captage sous-dimensionné.

Questions fréquentes

Oui. La pose et le raccordement d’une pompe à chaleur relèvent d’un savoir-faire de chauffagiste, tandis que le forage touche le sous-sol et comporte des risques géotechniques propres : venue d’eau, effondrement de puits, atteinte à une nappe. Les assureurs les traitent comme des activités séparées. Déclarer l’une ne couvre pas automatiquement l’autre.

L’assureur peut refuser la prise en charge. La déclaration d’activités délimite l’étendue de votre garantie : si le forage n’y figure pas et qu’un désordre trouve son origine dans le forage, vous risquez de supporter seul le coût de la reprise. C’est le principal motif de refus dans les métiers de la géothermie. Mettez votre contrat à jour à chaque évolution d’activité.

Il le peut. Un forage mal tubé qui met deux nappes en communication ou dégrade une ressource peut engager votre responsabilité, y compris sur le terrain environnemental. Sur le plan décennal, si l’atteinte compromet l’installation ou rend le bâtiment impropre à sa destination, la garantie s’applique (art. 1792-2 du Code civil). Ces risques justifient une déclaration précise du forage à votre assureur.

Impérativement. Exigez son attestation décennale à jour, mentionnant expressément l’activité de forage, et conservez-la au dossier de chantier. Vous restez responsable vis-à-vis du maître d’ouvrage sur l’installation, mais une sous-traitance correctement assurée vous permet de vous retourner contre le foreur en cas de désordre imputable à son intervention.

Sources : Code civil, art. 1792, art. 1792-2 et art. 1792-3 ; Code des assurances, art. L241-1 (consultés le 2026-07-04). Loi n°78-12 du 4 janvier 1978 (Spinetta).

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